Jésus a-t-il fait des miracles ?

mardi 25 juin 2013, par theopedie

 Reformuler la question

La question des miracles de Jésus est une question délicate car elle est souvent confondue avec une autre question : est-il possible de faire des miracles ? Si une personne pense qu’il est a priori possible de faire des miracles, elle pensera plus volontiers que Jésus a pu faire des miracles. A l’inverse, si une personne pense qu’il n’est pas possible a priori de faire des miracles, elle pensera que Jésus n’a fait aucun miracle. On parle alors d’a priori positif ou négatif. Les a priori font toujours partie de l’arrière-fond d’une réponse et sont inévitables. Ils demandent néanmoins à être explicités, sous peine de tomber dans le travers du préjugé.

Afin donc de ne pas court-circuiter la question des miracles de Jésus par de tels préjugés, nous proposons de nous replacer dans le cadre historique de cette question et de la reformuler ainsi : d’après les contemporains de Jésus, Jésus faisait-il des miracles ?

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  Un a priori positif

Pour aborder la question de savoir si les contemporains pensaient que Jésus faisait des miracles, il convient de partir de leur mentalité. Or, pour les contemporains de Jésus, il était a priori possible que quelqu’un puisse accomplir des miracles. Ils pouvaient avoir des doutes sur tel ou tel charlatan, mais en théorie, les miracles restaient possibles.

Rappelons à cet effet que pour les contemporains de Jésus les miracles faisait partie de leur vie quotidienne : la foi en des puissances surnaturelles, la divination et les pratiques magiques étaient à cette époque des croyances et des pratiques solidement établies et reconnues, chez les polythéistes de l’empire romain comme chez les juifs du temps de Jésus. En particulier, la médecine au sens moderne du mot n’existait pas encore de manière développée et était remplacée par la pharmacie et la thaumaturgie (guérisons miraculeuse). Nous connaissons ainsi, pour la période de l’antiquité, de nombreux recits de guérisons miraculeuses. Le plus célèbre de ces thaumaturge était un certain Apollonius de Tyane à l’époque de Jésus : en plus de ses dons de guérisseur, il était crédité du don de bilocation et de perception extra-sensorielle.

Signalons enfin que le judaïsme du premier siècle vivait une période de grande ferveur religieuse : les juifs attendaient avec impatience la venue d’un héros divin qui les libérerait et ils guettaient avec une certaine fièvre tout signe miraculeux pouvant annoncer sa venue : miracles, exorcisme, visions, etc.

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  Les miracles de Jésus

Si, pour les contemporains de Jésus, il était a priori possible que quelqu’un puisse faire des miracles, pensaient-ils que Jésus ait accompli de tels prodiges ? A cette question, il nous faut encore répondre de manière affirmative : nous avons des sources relativement fiables attestant le fait que Jésus ait eu des pouvoirs surnaturels. Il y a tout d’abord et principalement les récits bibliques racontant la vie de Jésus (les Évangiles) : dans ces textes, Jésus est constamment présenté comme un faiseur de miracles, à tel point qu’il n’est pas possible d’en dresser un liste exhaustive.

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Formule magique d’exorcisme
(London Oriental Manuscript 6796).
Photo : Marvin Meyer and Richard Smith.

En dehors des Évangiles, les mentions des miracles de Jésus sont peu nombreuses mais probablement suffisante : le Témoignage de Flavius Josèphe (même si ce témoignage est toujours à prendre avec des précautions), les Toledot Yeshu (un texte juif anti-chrétien remontant au moins au haut-moyen âge), une anecdote dans le Talmud racontant les pouvoirs de guérisseur d’un chrétien. L’archéologie atteste aussi l’existence de nombreuses formules magiques et de nombreux talismans non chrétiens issus de l’antiquité et invoquant le nom de Jésus :

Je t’adjure, Père, par Orpha, qui est ton corps entier et par Orphamiel, qui est le principal doigt de ta main droite, de m’envoyer Jésus Christ...

Formule magique pour chasser les esprits impurs (London Oriental Manuscript 6796, 41-44)

  Quelques objections

Ces sources peuvent sembler maigres. En réalité, pour un personnage antique, elles sont relativement nombreuses. La seule raison que nous pourrions avoir de ne pas être satisfait de ces sources est l’importance des enjeux liés à la personne de Jésus. A propos des textes bibliques, faisons donc les deux remarques suivantes pour illustrer notre propos :

  • Il est toujours possible de dire que tel ou tel miracle relaté dans ces textes s’explique de manière purement naturelle (les exorcismes sont considérés par certains exégètes comme de simples thérapies psychologiques) ou dire que tel ou tel miracle a principalement une portée symbolique (Jésus qui marche sur les eaux, symboles de la mort). Cependant, l’atmosphère générale de ces livres baigne de manière indéniable Jésus dans une aura de pouvoir surnaturel et il convient d’en rendre compte si l’on veut avoir une lecteur attentive de ces textes.
  • On peut encore dire que ces textes sont des textes engagés et qu’ils n’engagent, par définition, que leurs auteurs. Cependant il faut faire attention au sophisme suivant : ce n’est pas parce qu’un texte est engagé qu’il est a priori faux. On peut tout à fait être un auteur engagé et un intellectuel rigoureux relatant des récits de manière honnête. Un argument supplémentaire est ici exigé si l’on veut affirmer que la portée historique de ces textes n’est pas suffisante pour prouver le point (car ces textes ont une portée historique évidente). Ici réapparaît la question de l’a priori et du préjugé : si ces textes engagés paraissent devoir être pris avec recul, c’est bien souvent à cause d’un a priori négatif concernant l’existence de miracles.
    Jésus, un guérisseur itinérant
    Extrait du documentaire « Les mystères de la Bible »
    theopedie

    On peut tourner la question différemment : les Évangiles ont-ils pu mentir sur les miracles de Jésus ? Mais répondre par l’affirmative à une telle question poserait plusieurs problèmes qu’il convient de recenser :

  • Si Jésus n’avait pas accompli de miracles, d’où lui venait l’immense popularité dont il jouissait ?
  • Si les auteurs bibliques avaient menti pour faire de Jésus un faiseur de miracles, comment ont-ils eu suffisamment d’autorité pour changer l’image que les gens avaient de Jésus, réussissant à faire passer un rabbi connu pour un être divin ? Le personnage de Jésus était d’une si grande notoriété qu’on imagine difficilement un mensonge de cette ampleur ayant aussi bien réussi.
  • Peut-être dira-t-on qu’il s’agit d’une légende dorée grossissant à des fins apologétiques les détails merveilleux de l’histoire de Jésus ? Mais une légende met du temps à se mettre en place, et les Évangiles canoniques sont quasiment contemporains de Jésus. Par comparaison, la vie d’Alexandre le Grand ou de Mahomet ont connu de tels enjolivements, mais ces enjolivements sont tardifs et séparés par plusieurs siècles des événements qu’ils racontent. De plus, la sobriété des récits miraculeux ne permet pas de ranger ces miracles dans la simple catégorie de l’emphase gratuite et merveilleuse.
  • Si ce mensonge était avéré, les adversaires de Jésus auraient crié au scandale, mais tel n’est pas le cas : le silence de ses adversaires sur ses miracles ou prétendus miracles est ici éloquent. Au contraire, les seules mentions que nous avons des adversaires directes de Jésus sont celles décrites dans la Bible et elles semblent relativement crédibles :

Alors on présenta à Jésus un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit, de sorte que celui qui avait été aveugle et muet parlait et voyait. Tout le peuple en fut étonné, et ils disaient : Cet homme ne serait-il point le Fils de David ? Mais les pharisiens, entendant cela, disaient : Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébul, prince des démons.

Matthieu 12:22-24

Pour le dire différemment, les miracles de Jésus jouent un tel rôle dans les textes bibliques et les enjeux qui leur sont liés sont tellement importants qu’on leur imagine mal une base historique entièrement fausse, d’autant plus que la fiabilité historique des textes évangéliques est sur bien d’autres points avérée.

 Conclusion

Ces remarques n’évacuent évidemment en rien la question de l’a priori qu’il nous faut adopter : a priori, un miracle est-il possible ou non ? Mais, à replacer cette question dans son contexte historique, il n’en demeure pas moins vrai qu’une seule réponse devient possible : pour ses contemporains, Jésus a fait des miracles.

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