Jésus a-t-il eu pour père Pantera ?

dimanche 31 mai 2015, par theopedie

En bref : Il n’y aucune raison de dire que Jésus a eu pour père un soldat romain nommé Pantera, à moins d’accorder de la valeur à une affirmation gratuite d’un ouvrage ouvertement polémique datant du IIe siècle, à savoir le Discours véritable de Celse.

Celse, un auteur latin antichrétien du IIe siècle, affirme que Jésus avait pour père un soldat romain du nom de Panthera. Cette affirmation a été ensuite relayée dans le Talmud, un écrit juif plus tardif.

L’affaire rebondit au début du XXème siècle lorsque l’historien allemand Adolf Deissmann publia un article Der Name Panthera ; il s’agit d’une stèle découverte en 1859 dans un cimetière romain à Bingerbrück, à moins de 20 km au nord de Bad Kreuznach, là où la rivière Nahe se jette dans le Rhin : « Tiberius Julius Abdes Pantera de Sidon, âgé de 62 ans, un soldat avec quarante ans de service actif, de la 1ère cohorte d’archers, repose ici » (traduction en français de l’inscription latine). L’auteur précise que ce Pantera est mort au milieu du 1er siècle et qu’il venait de Palestine ! Trouvé ici

Crititques

On notera toutefois les points suivants :
1) Relier l’inscription épitaphe de ce Tiberius Julius Abdes Pantera à Jésus est historiquement incohérent. On admet généralement que Jésus est né vers -6 et que ce Pantera est mort vers le milieu du Ier siècle à l’âge de 60 ans. Il n’a donc pas pu être le père. A supposer qu’il fût en âge de procréer à cette époque, ses états de services s’avèrent difficilement compatibles avec sa présence en Galilée.

German theologian Adolph Deissmann concludes from this inscription that Pantera died in the middle of the first century. If this is correct, it follows that (1) Pantera was not a Roman soldier in 2-6 B.C., the period in which Jesus was born (as Tabor acknowledges) ; and (2) if indeed this cohort of archers went to Dalmatia in A.D. 6 and then on to the Rhine in A.D. 9, as Tabor avers (p.69), then our man Pantera was not even yet with them, or if he was he had only just become a soldier in the first\decade of the current era, not in the period 2-6 B.C. In other words, the calculations are off by a least a decade. (Witherington, What have they done with Jesus p.297)

2) Affirmer que Pantera vient de Palestine est une demi-vérité : il vient en réalité de Sydon, tandis que Jésus a vécu en Galilée. Or, la Galilée n’était pas à cette époque occupée par les Romains, mais était gouvernée par Hérode Antipas. On peut de plus raisonnablement exclure une histoire d’amour inavouée entre Marie et Pantera en raison de la haine qui opposait alors Juifs et Romains. Bien sûr, un « accident » par un soldat appartenant à une troupe traversant ponctuellement la Galilée est possible, mais l’histoire commence à ressembler à une reconstruction ad hoc, et on imagine mal que cet accident ait donné à Marie l’envie de sympathiser avec son violeur pour conserver par la suite son nom et le transmettre à la postérité.

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La pierre tombale de Pantera
à Bad Kreuznach

3) Les sources qui affirment que Jésus était le fils de Pantera (les écrits de Celse et le Talmud) sont des sources antichrétiennes. Les écrits de Celse en particulier sont ouvertement polémiques. Dire de Jésus qu’il est le fils de Pantera ressemble, dans sa bouche, davantage à un jeu de mots (à cause du rapprochement entre pantera et parthena, la vierge) et à une façon de rabaisser Jésus en lui conférant des origines insultantes qu’à un véritable argument.

4) La Bible affirme que Jésus appartenait à la maison de David et a eu pour père Joseph. Si Joseph a pu accepter de couvrir une grossesse de sa fiancé, le motif a dû être suffisamment puissant pour le pousser à agir de la sorte. Or, les noms des (demi-)frères de Jésus suggèrent une famille traditionaliste, donc très probablement anti-romaine. De plus la prétention royale de Jésus, avérée par ses contemporains qui lui accordèrent le titre de Fils de David, sont incompatibles avec des origines romaines.

En résumé, affirmer « Jésus est le fils d’un soldat romain nommé Partena » ne signifie rien d’autre que ceci : « Je préfère croire aux écrits de Celse plutôt qu’aux évangiles ». Ce n’est pas une affirmation qui a en soi une valeur.

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