Jésus a-t-il été consacré prêtre lors de son baptême ?

samedi 11 avril 2015, par theopedie

En bref : Certes, Jésus est prêtre dès sa conception. Mais il faut aussi qu’il soit consacré officiellement devant les hommes par une cérémonie d’investiture. Cette cérémonie est double : le baptême investit Jésus pour la liturgie terrestre et la résurrection pour la liturgie céleste.

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L’ablution (baptême) de Jésus
Jésus a la révélation du paradis.
Peinture de Giotto

L’onction de Jésus, qui eût lieu au baptême (Matthieu 3, 16) et dont parle Pierre en Acte des Apôtres 10, 37-38, est d’abord une onction prophétique : Jésus est revêtu de la force d’en-haut afin de répandre en Israël la révélation de l’Évangile. La manifestation de Dieu lors du baptême (Luc 3, 22) reprend d’ailleurs l’annonce du serviteur prophète prédit par Isaïe (Esaïe 42, 1-4). Et c’est dans sa dimension prophétique que Jésus lui-même a comprise cette onction (Luc 3, 21-22).

Mais si l’onction baptismale est pour Jésus une onction d’abord prophétique, on ne saurait exclure toute dimension sacerdotale. Après la résurrection, une fois le sacrifice de Jésus réalisé et accepté par Dieu, les apôtres avaient une plus claire conscience du sacerdoce du Christ et, dans au moins un texte du Nouveau Testament, l’onction baptismale est présentée comme ayant une valeur sacerdotale :

[Les anciens] élevèrent la voix vers Dieu et dirent : « […] Les rois de la terre se sont présenté et les chefs se sont ligués tous ensemble contre le Seigneur et contre son Oint [...] contre ton saint Serviteur Jésus, que tu avais oint, pour faire tout ce que ta main et ton conseil avaient déterminé d’avance.[...] » (Actes 4,24-28)

L’onction entendue ici précède la crucifixion, et ne peut désigner ni la résurrection, ni celle de la grâce hypostatique. Il semble plus naturelle de la référer au baptême, d’autant plus que Luc parle à deux reprises d’onction à propos du baptême. Il y a de plus dans ce texte une nuance qui le distingue : ce n’est plus l’aspect prophétique de l’onction qui est au premier plan, mais l’aspect sacerdotal de l’œuvre rédemptrice du Christ, serviteur souffrant et s’offrant en sacrifice. Le texte affirme ainsi que ce sacrifice faisait partie du dessein de Dieu et qu’il avait été déterminé par avance.

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Jean le précuseur
Jean montre la croix de son doigt, annonçant la venue de Jésus. Tableau de Léonard de Vinci

Une autre allusion confirme la connotation sacerdotale du baptême. Elle se trouve dans la bouche de Jean le baptiste lorsqu’il désigne Jésus comme « l’agneau de Dieu » (Jean 1, 29), en référence à Esaïe 53, 7 et Jérémie 11, 19. Jésus est désigné comme la victime expiatrice offerte en sacrifice, que le baptême vient consacrer et que la croix vient immoler.

Forte de ces éléments, la tradition chrétienne dans les personnes de Cyrille, Tertullien, Jérôme a ainsi distinguer dans le baptême une double onction : une onction d’abord prophétique et ensuite sacerdotale. Cyrille de Jérusalm propose cette comparaison entre le Christ et Aaron :

Lorsque Moïse communiqua à son frère les prescriptions de Dieu, en le constituant Grand-Prêtre, après l’avoir lavé dans l’eau, il l’oignit ; et Aaron reçut le nom de Christ, à cause de cette onction figurative. (Cyrille de Jérusalem, 3e mystagogique).

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