Jésus a-t-il donné à ses disciples le pouvoir de pardonner ?

jeudi 18 juin 2015, par theopedie

En bref : Avant de quitter la terre, Jésus a laissé à son Eglise le pouvoir de pardonner les péchés. Ce pouvoir est toutefois purement ministériel : il dépend des règles et des signes que Jésus a institués. Jésus pouvait guérir de sa propre autorité, mais ses ministres ne peuvent le faire que pour autant qu’ils se conforment à ses ordres.

Est triplex modus dimittendi peccata, secundum clavem auctoritatis, et haec est Dei judicantis ; secondum clavem excellentiae, et haec est Verbi incarnati ; secundum clavem ministerii et haec est ipsius sacerdotis (Bonav. 4,18,1,2)

 La promesse du pardon des péchés

La promesse faite à Jésus de donner à son Eglise le pouvoir de pardonner les péchés, se trouve en Matthieu 16, 19 et Matthieu 18, 18.

Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. »

Ici, sous la double figure du pouvoir des clefs et de la puissance de lier et de délier, Jésus promet à Pierre, en qualité de premier des disciples confessant la divinité du Christ, c’est-à-dire en tant que pape, la plénitude de l’autorité pour le gouvernement de l’Eglise.

Plus exactement, ce pouvoir de lier ou de délier représente d’abord l’autorité législative qui s’exerce sur tous les sujets du royaume, les lie par la promulgation de lois imposant certaines obligations, les délie par la dispense ou l’abrogation de ces mêmes lois. Mais il représente aussi l’autorité judiciaire qui s’exerce principalement sur les sujets coupables. L’autorité judiciaire lie le coupable en lui appliquant les interdictions qui l’empêchent de participer à certains actes de la vie sociale ou en lui imposant des peines expiatoires en raison de ses fautes commises. Elle le délie en levant ces interdictions ou en le dispensant des lourdes peines qui lui avait méritées sa faute.

Extension de ce pouvoir aux autres apôtres

Les circonstances dans lesquelles Jésus déclare donner à Pierre le pouvoir de lier ou de délier indiquent clairement que Jésus a particulièrement en vue l’autorité judiciaire et le traitement des pécheurs baptisés. C’est en effet après avoir raconté la parabole de la brebis égarée, après avoir fait l’application de cette parabole à l’enfant de l’Eglise, et après avoir demandé le jugement de ce pécheur par l’Eglise, qu’il étend à tous les apôtres le pouvoir de délier et de lier :

« Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui tes reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts. En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.

Matthieu 18, 15-18

Son profondeur spirituelle

Comme le royaume de Jésus Christ n’est pas de ce monde (Jean 18, 36), qu’il possède un caractère spirituel, qu’il a un but céleste et éternel, le pouvoir des clés confié l’Eglise chrétienne de lier ou de délier doit incontestablement s’étendre au for intérieur, à la conscience ; en d’autres termes, l’Eglise doit avoir non seulement la plénitude du pouvoir du gouvernement extérieur, mais encore la juridiction intérieure, le pouvoir de remettre vraiment devant Dieu les péchés aux chrétiens baptisés, et de leur ouvrir ainsi de nouveau le ciel (Matthieu 16, 19). Et puisque la coulpe et la peine du péché sont les entraves qui empêchent d’aller au ciel, l’Eglise doit être en mesure de pouvoir briser ces entraves si elle veut répondre à la mission que son fondateur lui a confiée : mener les âmes au ciel en leur donnant un moyen d’obtenir à nouveau la grâce.

 Ce pouvoir est l’héritage des disciples

Ce pouvoir est confirmé par Jésus ressuscité et ce qu’il leur avait déjà donné, il leur donne à nouveau comme héritage et comme prémisse de sa résurrection :

Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Jean 20, 21-23

Les apôtres reçoivent comme mission de continuer l’oeuvre de Jésus. De même que Dieu le Père plein de miséricorde a, par Jésus Christ et en Jésus Christ, réconcilié objectivement le monde avec lui, ainsi, maintenant, Jésus Christ confie aux apôtres, ses représentants et ses messagers, le ministère et les paroles de la réconciliation (2 Corinthiens 5, 18-21).

Le souffle ou l’aspiration dont parle le texte symbolise aussi bien l’essence que l’origine du Saint Esprit qui procède du Père et du Fils. Par ce signe symbolique, Jésus communique l’Esprit Saint à ses apôtres comme il le signifie par ses paroles « Accipite Spiritum Sanctum » (Recevez l’Esprit Saint). La rémission des péchés, surtout parce qu’elle se fait par la communication de la grâce sanctifiante, est une oeuvre divine de puissance et de miséricorde. C’est donc seulement comme instrument de l’Esprit Saint que l’Eglise peut remettre les péchés.

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