Jean le Baptiste était-il prophète ?

vendredi 31 mai 2013, par theopedie

D’après les évangiles, Jean était vêtu d’un vêtement en poils de chameau et d’une ceinture de cuir. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Mt 3:4). Ce régime de vie, singulier pour nous, était pour les contemporains de Jean une façon d’imiter les anciens prophètes (Zacharie 13:04), et en particulier Élie, le grand prophète qui devait revenir d’après la croyance populaire juive (2 Rois 1.8).

JPEG - 208.3 ko
Jean le Baptiste prêchant
Illustration de Gustave Doré

A sa vie d’ascèse, Jean mêlait une vie de solitude : il se retirait dans le désert de Judée. Ce désert était une steppe qui s’étendait de Jérusalem jusqu’au Jourdain et à la mer morte. C’était une région désolée de collines et de vallées avec quelques rares végétations près du Jourdain. C’était aussi, pour les juifs, le royaume des démons : en s’y retirant, Jean annonçait clairement son intention de mener une guerre spirituelle.

Si Jean ne cherchait pas les foules, sa réputation les attirait à lui. Pour les foules, il était le prophète qui venait après une longue nuit de silence. Depuis l’exil, Dieu avait en effet cessé de parler à travers les prophètes à son peuple, aussi, le peuple qui attendait un Saint venu les sauver était soulagé de rompre cette attente en venant voir Jean.

Le message de Jean

le message de Jean peut se résumer en un mot : « préparer ». La tradition lui a donné d’ailleurs le nom de « précurseur », celui qui vient avant. Son travail avait pour but de préparer le peuple à la venue du Saint. Plus précisément, son message comportait une triple annonce.

Jean le baptiste
Extrait du film Jésus de Nazareth de Zeffirelli
theopedie

1) L’annonce de Jésus

Alors que Jean commençait à susciter l’attention, certains Juifs à Jérusalem envoyèrent une délégation de prêtres et de lévites pour lui demander son identité. Jean répondit en disant qu’il n’était pas le Saint promis. Mais il répondit aussi en disant qu’il était « la voix préparant les chemins de Dieu », et qu’il voulait accomplir la prophétie d’Isaïe (Jn 1:19-23). Jean continuait en affirmant que, sur ce chemin, allait venir quelqu’un dont même les sandales étaient à ce point sacrées qu’il n’oserait pas les toucher. Enfin, à la venue de Jésus, Jean vit le paradis s’ouvrir et la vie divine descendre sur Jésus. Depuis, Jean lui envoya ses disciples et désignait Jésus comme « l’agneau de Dieu », c’est-à-dire, celui qui va sacrifier sa vie pour sauver le peuple.

2) L’annonce du royaume à venir

La proclamation de Jean, d’après les évangiles, avait comme refrain la phrase suivante : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » Jean annonçait la venue du paradis (le royaume du ciel) et la nécessité de se repentir pour y entrer, c’est-à-dire, la nécessité de changer de vie. Ce paradis ne serait plus seulement dans les cieux, mais il serait aussi un royaume terrestre où les juifs allaient vivre libérés de la tutelle romaine. En effet, la Palestine dans laquelle Jean prophétisait était une région occupée par les Romains.

Ceci explique d’ailleurs son insistance sur la repentance. Les mœurs de la civilisation romaine était souvent incompatibles avec les exigences religieuses juive : morale sexuelle et familiale dissolue, orgies et débauches, etc. Pour Jean, il fallait renoncer à cela et demander pardon pour toutes ses fautes. Il fallait ensuite prouver par un comportement renouvelé que l’on avait changé de vie.

JPEG - 171.3 ko
Le jugement dernier
Illustration de Gustave Doré

3) L’avertissement de jugement ultime

Jean proclamait un jugement à venir. Le dernier passage de l’Ancien Testament annonçait la venue d’un prophète qui aurait la puissance et l’esprit d’Élie (Malachie 4:5-6 ;. Lc 1:17). Malachie ajoutait que le jour de Dieu, grand et redoutable, viendrait alors, frappant la terre de sa malédiction.

Pas son message et même par sa tenue vestimentaire, Jean montrait qu’il voulait incarner ce retour d’Élie. De même, il annonçait aussi la colère à venir de Dieu (Matthieu 3) : cette colère était comme une « hache déjà brandie » et « prête à couper les arbres stériles ». Elle était encore comme « un feu inextinguible », ou « une pelle à vanner » (un instrument utilisé pour séparer la paille du grain avant de la brûler).

Il y avait là possiblement une allusion à la ruine à venir de Jérusalem : les Romains fatigués des incessantes révoltes juives, allaient détruire Jérusalem. Il y avait aussi une allusion au jugement de Dieu, qui séparerait les hommes justes et les hommes injustes. Ces hommes injustes seraient immergés dans la douleur éternelle (le feu inextinguible), tandis que les hommes justes seraient immergés dans la vie éternelle.

Documents joints

Répondre à cet article