Faut-il distinguer dans l’être absolu essence et existence ?

vendredi 25 avril 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : L’être qui existe de manière totalement absolue, l’existence est identique à son essence et chaque propriété divine est identique avec cet absolu lui-même. C’est ainsi que Saint Hilaire écrit : « L’existence n’est pas en Dieu quelque chose de surajoutée, mais vérité subsistante. »

Nous reprenons un article de saint Thomas d’Aquin sur la question (Somme de Theologie, Ia,3,4), article qui nous semble la meilleure réponse possible à la question. Sur la différence métaphysique entre sujet, existence concrète et abstraite, et essence, et sur la reprise de l’hylémorphisme (forme et matière) en termes contemporains de structuralisme, nous renvoyons à l’ouvrage de Theopedie « Structure de la réalité et réalité de la structure ».

The Simplicity of God
John Stonestreet.
thepointblog

 Justification

Il ne suffit pas de dire que Dieu est identique à son essence, comme l’avons montré (cf. Faut-il distinguer Dieu en tant qu’individu et sa nature divine ?) ; il faut ajouter qu’il est identique à son existence, ce qui peut se prouver de maintes manières.

1. Ce que l’on trouve dans une réalité, outre son essence, est nécessairement causée, que cela résulte des principes mêmes constitutifs de l’essence, comme les propriétés : ainsi le rire est une propriété de l’homme en raison des principes essentiels de son espèce ; soit que cela soit causé par une autre réalité, comme la chaleur de l’eau lui vient d’une source de chaleur. Donc, si l’existence même d’une chose est autre que son essence, elle est causée nécessairement soit par un agent extérieur, soit par les principes essentiels de cette chose. Mais il est impossible, lorsqu’il s’agit de l’existence, qu’on la dise causée par les seuls principes essentiels de la chose, car aucune chose n’est capable de se donner l’existence, si cette existence dépend d’une cause. Il faut donc que la réalité dont l’existence est autre que son essence, reçoive son existence d’un autre étant. Or cela ne peut se dire de Dieu, puisque ce que nous nommons Dieu, est la cause efficiente première. Il est donc impossible que l’existence soit autre que l’essence.

2. L’existence est l’actualité de toute forme ou nature ; en effet, dire que la bonté ou l’humanité, par exemple, est en acte, c’est dire qu’elle existe. Il faut donc que l’existence soit à l’égard de l’essence, lorsque celle-ci en est distincte, ce que l’acte est à la puissance. Et comme en Dieu rien n’est potentiel, ainsi qu’on la montré, il s’ensuit qu’en lui l’essence n’est pas autre chose que son existence. Son essence est donc son existence.

3. De même que ce qui est aimanté mais n’est pas de soi aimanté est aimanté par participation, ainsi ce qui a l’existence et n’existe pas de soi existe par participation. Or Dieu est son essence même, ainsi qu’on l’a montré ; donc, s’il n’est pas son existence même, il existera par participation et non par essence, il ne sera donc pas la réalité ultime, ce qui est absurde. Donc Dieu est son existence, et non pas seulement son essence.

 Objections et réponse

Il semble qu’en Dieu essence et existence ne soient pas identiques ; car si cela était, rien ne s’ajouterait à l’être divin. Mais l’être sans aucune addition, c’est l’être en général, qu’on attribue à tout ce qui est. Dieu ne serait donc que l’être en général, commun à tous les êtres, et c’est à quoi s’opposent ces paroles de la Sagesse (14, 21) : « Ils ont donné à la pierre et au bois le nom incommunicable. »

  • Ce qu’on dit ici de l’être sans addition peut se comprendre en deux sens : ou bien l’être en question ne reçoit pas d’addition parce qu’il est de sa notion d’exclure toute addition : ainsi la notion de « bête » exclut l’addition de « raisonnable ». Ou bien il ne reçoit pas d’addition parce que sa notion ne comporte pas d’addition comme l’animal en général est sans raison en ce sens qu’il n’est pas dans sa notion d’avoir la raison ; mais il n’est pas non plus dans sa notion de ne pas l’avoir. Dans le premier cas, l’être sans addition dont on parle est l’être divin ; dans le second cas, c’est l’être en général ou commun.

Au sujet de Dieu, nous pouvons savoir qu’il est, comme nous l’avons dit. Mais nous ne pouvons savoir ce qu’il est. C’est donc qu’on doit distinguer en lui d’une part son existence, de l’autre ce qu’il est : son essence, sa nature.

  • « être » se dit de deux façons : en un premier sens pour signifier l’acte d’exister, en un autre sens pour marquer le lien d’une proposition, œuvre de l’âme joignant un prédicat à un sujet. Si l’on entend l’existence de la première façon, nous ne pouvons pas plus connaître l’être de Dieu que son essence. De la seconde manière seulement nous pouvons connaître l’être de Dieu : nous savons, en effet, que la proposition que nous construisons pour exprimer que Dieu est, est vraie et nous le savons à partir des effets de Dieu, ainsi que nous l’avons dit.

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