Faut-il distinguer Dieu en tant qu’individu et sa nature divine ?

jeudi 24 avril 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Il est dit de Dieu qu’il est la vie, et non pas seulement qu’il est vivant, comme on le voit en S. Jean (14, 6) : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » Or la déité est dans le même rapport avec Dieu que la vie avec le vivant. Donc Dieu est la déité elle-même.

Nous reprenons un article de saint Thomas d’Aquin sur la question (Somme de Theologie, Ia,3,3), article qui nous semble régler de manière définitive la question et renvoyons à l’article « Dieu a-t-il une nature » pour la réponse aux objections de Plantinga. Sur la différence métaphysique entre sujet, existence concrête et abstraite, et essence, et sur la reprise de l’hylémorphisme (forme et matière) en termes contemporains de structuralisme, nous renvoyons à l’ouvrage de Theopedie « Structure de la réalité et réalité de la structure ».

 Justification

Dieu est sa propre nature. Pour le comprendre, il faut savoir que dans les réalités formées d’une structure matérielle, il y a nécessairement distinction entre la nature ou essence d’une part, et individualité de l’autre. En effet, la nature ou essence ne comprend que ce qui relève de la sous-catégorie ; ainsi l’humanité comprend seulement ce qui relève de la sous-catégorie « homme » et non pas de la catégorie « animal », car c’est par cela même qu’un animal est homme, et c’est cela que signifie le mot humanité : à savoir ce par quoi l’homme est homme. Mais le matériau particulier, comprenant tous les accidents qui le particularisent, ne relève pas de la catégorie la plus restreinte ; car avoir cette chair, ces os, la blancheur, la noirceur, etc. ne relève pas de soi de la catégorie homme ; donc, cette chair, ces os et les accidents qui permettent de se référer à ce matériau ne relève pas de l’humanité, et cependant ils appartiennent à un homme en particulier. Il s’ensuit que tout individu humain a en soi quelque chose qui n’est pas de nature spécifiquement humaine. En raison de cela, être un homme n’exprime pas le tout d’un homme, mais seulement son élément structurel, car les principes catégoriels se présentent comme ce qui structure la matière, de laquelle provient l’individuation.

Mais dans les réalités où il n’y a pas de matériau structuré, et qui ne tirent pas leur individuation d’une matière particulière, à savoir telle matière, mais où les structures sont particularisées par elles-mêmes, les structures doivent être elles-mêmes les individus subsistants, de sorte que, dans ce cas, l’individu ne se distingue pas de sa nature. Ainsi, puisque Dieu n’est pas composé de matière structurée, comme nous l’avons montré, on doit conclure nécessairement que Dieu est sa déité, sa vie, et quoi que ce soit d’autre qu’on affirme ainsi de lui.

 Réponse aux objections

Il semble que Dieu ne s’identifie pas avec son essence ou sa nature. Car rien n’est à proprement parler en soi-même ; or, on dit, de l’essence ou nature de Dieu, qui est la déité, qu’elle est en Dieu : elle est donc distincte de lui.

  • Nous ne pouvons parler des choses simples qu’à la manière des choses matérielles d’où nous tirons notre connaissance. C’est pourquoi, parlant de Dieu et voulant le signifier comme subsistant, nous employons des termes concrets, parce que notre expérience ne nous montre comme subsistants que des êtres matériels ; quand, au contraire, nous voulons exprimer sa simplicité, nous employons des termes abstraits. Donc, si l’on dit que la déité ou la vie, ou quoi que ce soit de pareil, est en Dieu, ces expressions se rapportent non à une diversité dans le réel, en Dieu, mais à une diversité des représentations du réel dans notre esprit.

L’effet ressemble à sa cause ; car tout agent produit un effet à sa ressemblance. Or, dans les choses créées, l’individu n’est pas identique à sa nature ; ainsi l’homme n’est pas identique à son humanité. Donc, Dieu non plus n’est pas identique à sa déité.

  • Les effets de Dieu lui ressemblent, non pas parfaitement, mais dans la mesure du possible ; et c’est cette imperfection dans la ressemblance qui explique que la simplicité et l’unité en Dieu ne peut être reproduit que par le multiple. De là vient la composition qui rend distincts en elles la nature et l’individu.

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