Faut-il avouer tous ses péchés pour être pardonné ?

dimanche 15 juin 2014, par theopedie

En bref : Il faut confesser tous ses péchés graves. Pour les péchés véniels, il appartient au pénitent de discerner ce qui est suffisamment important pour être confessé, étant sauve l’obligation qu’à tout chrétien de se confesser une fois par an.

D’après le Concile de Trente [CT, 1679], la principale condition de la confession est sa nécessaire intégralité (integra peccatorum confessio). Il faut confesser tous ses péchés. Cette intégralité est requise pour tous les péchés mortels (Le Concile de Trente parle de « péchés mortels », l’Ordo Penitentiae de « péché grave » [OP, 7]). Concernant ces péchés mortels, le pénitent est appelé à en mentionner le détail : leur manifestation concrète, l’intention qui les a motivés, s’ils ont été accomplis réellement ou en « secret », leur circonstances atténuantes ou aggravantes et leur nombre. Il s’agit de permettre au prêtre de pouvoir poser un jugement juste et eclairé et de libérer la conscience de ses ténèbres.

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En plus de l’intégralité objective de la confession, est requise aussi l’intégralité subjective. Il est nécessaire à l’intégralité subjective de la confession que le pénitent se soit examiné avec attention et ait « exploré les replis et les coins secrets de la conscience » [CT, 1682], à la manière du l’intendant avisé qui se soucie de la bonne marche de ses affaires (Mt 24,25). Si le pénitent est habitué à aller fréquemment en confession et pratique un examen de conscience sérieux et régulier, il doit faire attention à ne pas majorer la gravité de ses péchés : il faut pour la validité du sacrement qu’il y ait matière suffisante. Si le pénitent n’a pas l’habitude du sacrement et si son examen de conscience habituel est superficiel, il lui appartient de redoubler d’attention lors de la préparation du sacrement de réconciliation. Dans de telles circonstances, le prêtre peut procéder lui-même à un questionnement, s’il juge une telle pratique opportune, mais toujours avec délicatesse et miséricorde, de peur de choquer les pénitents et de les repousser.


Notons que l’intégralité de la confession n’est n’est pas imposée pour les péchés véniels [CT, 1680]. On a pu parler, concernant les péchés véniels et pour en recommander la confession, de « matière libre » ou encore de « confession de dévotion ».

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Confession et intégralité
On évitera toute approche inquisitoriale. Même dans la confession, il y a présomption d’innocence !

 Quelques problèmes classiques

Classiquement, l’intégralité de la confession pose plusieurs sortes de problèmes concernant sa validité. Il peut être utile d’évoquer ces problèmes, pour décrire quelle sorte d’intégralité est requise. Nous résumons à ce propos [William, chap. II]. Il convient tout d’abord de souligner que ces difficultés ne concernent que les péchés mortels. Or certains péchés mortels peuvent prêter à des doutes.

  • S’il s’agit d’un doute quant à leur existence ou quant à leur gravité, le pénitent doit être guidé plus par une « certitude morale » que par une recherche inquisitrice : le sacrement de pénitence n’est pas un moyen de condamnation mais de justification, non un lieu de culpabilisation, mais de responsabilisation et de confiance faite a l’homme.
  • Si on ne sait plus si les péchés mortels ont été déjà avoués ou non, le pénitent doit fournir la « preuve positive » d’une confession antérieure afin d’ôter le doute. Une forte présomption peut suffire comme preuve positive.
  • S’il s’agit d’un doute sur la validité du baptême, on procédera à un baptême sous condition : les péchés mortels commis avant ce baptême sous condition doivent être confessés dans un sacrement de réconciliation et recevoir une absolution sous condition.
  • Pour tous les autres péchés, on laissera le pénitent apaiser sa conscience et on respectera le mouvement où le porte sa repentance, mais il les avouera comme douteux.
  • Il peut y avoir aussi des péchés que le pénitent a oublié de confesser. Si cette omission est due à l’étourderie, la validité du sacrement n’est pas en jeu : les péchés avoués sont pardonnés directement, les autres indirectement, comme étant associés aux premiers. Si le péché omis est un péché mortel, il reste toutefois à l’Église de se prononcer dessus (cette nécessité provient, non de ce que le péché n’aurait pas été remis, mais ce qu’il n’a pas été avoué).
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N’ayez pas honte de regretter vos fautes !

 La gêne de la confession

Existe-il des excuses permettant au pénitent de ne pas confesser intégralement ses péchés ? Pour autant que l’on ne choque pas le sens moral et que l’on ne froisse pas indûment les pénitents, la forme des péchés mortels commis doit être mentionnée, les circonstances et les occasions énumérées. La honte ressentie ne doit pas en effet empêcher la médecine d’agir : « si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu’elle ignore » (saint Jérôme, cité in [CT, 1681]). On notera aussi cette belle formule du Concile de Trente : « il est impie de dire que la confession que l’on prescrit de faire de cette manière est chose impossible ou de l’appeler torture des conscience » !

La difficulté peut toutefois être extrinsèque. Elle est alors soit physique, soit morale [CDC, can. 960]. si elle provient de la condition physique du pénitent, elle peut excuser l’intégralité de la confession (par exemple, si un pénitent est susceptible de perdre conscience rapidement, s’il a des difficultés d’élocution). Elle peut être morale : par exemple, si l’intimité de la confession ne peut pas être garantie, si le prêtre qui se confesse risque de violer le secret de confession, etc. De même, en matière sexuelle, si le ressouvenir des fautes passées amène le pénitent en tentation ou si l’évocation de détail trouble l’innocence du confesseur, on se contentera d’une confession générale.

 Éviter la liste ou le catalogue des péchés

La nécessaire intégralité de la confession peut parfois être mal comprise et donner l’impression d’un catalogue de péchés devant nécessairement être énumérés pour être pardonnés. Mais, ce serait oublier la véritable logique du Concile de Trente : celui-ci, a bien regarder sa manière de répondre aux problèmes éventuelles, ne demande qu’un intégralité formelle et non matérielle [CT, 1682]. Non pas une liste ou un catalogue, mais une compréhension de son propre péché.

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La spiritualité moderne invite à replacer cette intégralité non plus d’abord dans l’attente du jugement rendu par le prêtre [CT, 1679] mais d’abord dans la perspective plus large de la repentance. Souvenons-nous en effet que l’acte principal du sacrement de pénitence est la repentance, non la confession : « ce qui compte le plus dans les actes de la pénitence, ce n’est pas dire ses péchés, mais de les regretter » [Henry, p. 651].

Plus exactement, l’intégralité de la confession doit être appréhendée comme un résultat et non comme un point de départ : le dialogue entre le confesseur et le pénitent n’a de véritable signification que s’il exprime un autre dialogue, à savoir celui du pénitent avec Dieu. Le dialogue principal du sacrement de réconciliation est alors celui qui passe par le secret des coeurs, entre le pénitent et son créateur (Mt 6,12). C’est ainsi que l’on peut comprendre le mouvement de l’ Ordo Penitentiae. Le point de départ est le suivant : « C’est dans la foi au Dieu qui pardonne que le croyant examine sa conscience et reconnaît sa faute » [OP, 6] ; et c’est dans un second temps que ce dialogue demande a être rendu visible dans un rite sacramentel : « Par la confession, le pénitent ’ouvre [alors] son coeur’ au ministre » [OP, 6].

Autrement dit encore, l’intégrité de la confession est requise non comme but mais seulement comme moyen (medii necessitate) : exprimer les péchés en tant qu ’ils provoquent la repentance du pécheur. Ceci place l’intégralité de la confession dans sa véritable perspective :

  • Il ne faut ni la minimiser car elle entend exprimer la sincérité du repentir, et cette sincérité appelle, dans des circonstances normales, une confession honnête et détaillée.
  • Il ne faut pas non plus l’exagérer car la confession ne vise qu’à exprimer le péché pour lequel on demande le pardon, non à le « dépeindre ».

D’une certaine manière, il s’agit simplement de l’exprimer avec suffisamment de précision pour que ce péché soit entièrement (« intégralement ») référé au pardon de Dieu. En tant que tel, l’intégralité de la confession suit la loi de l’incarnation : l’homme, être de chair, a besoin d’extérioriser sa vie intérieure pour pouvoir intérioriser une grâce extérieure :

On peut certes se repentir de ses péchés véniels dans le secret de son cœur et obtenir le pardon. Mais quand on s’en confesse, on donne à son propre repentir intérieur une forme concrète, visible et audible ; il croit et se fortifie dans la mesure où il s’exprime. D’autre part, dans l’homme qui se confesse, l’action de Dieu acquiert aussi une forme en quelque sorte tangible [DS, col. 998].

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