Existe-il un fondamentalisme athée ?

jeudi 26 septembre 2013, par theopedie


Nous reproduisons ci-dessous un article de Samuel Kerr. Il s’agit d’un article engagé, mais stimulant pour la réflexion personnelle.

Femen et religion (Paris 2013)
Une rhétorique qui n’est pas sans violence

Il semble que chaque fois qu’un article sur la religion soit affiché en ligne ou un commentaire sur twitter, si la personne prétend avoir la foi ou une sensibilité religieuse, un torrent de messages abusifs découlent de gens qui prêtent allégeance au nouveau mouvement athée. Bien sûr, si vous lisez ces commentaires, vous verrez les mêmes arguments réchauffées maintes et maintes fois.

Ces commentaires consistent à affirmer que les croyants séparent foi et logique autant qu’une théière en orbite autour du soleil est séparé du soleil. Cet argument est appelé « La théière de Russell » d’après Bertrand Russell, le philosophe qui a émis le premier cet aphorisme. Dans un document de philosophie de niveau doctoral, l’argument est solide et élaboré, mais tenter dès le début de la conversion de répudier quelque chose d’aussi complexe que Dieu comme une simple absurdité logique est un signe de faiblesse intellectuelle.

Comme vous en avez toujours fait l’expérience, argumenter contre est plus facile qu’argumenter pour. Il suffit d’ironiser. De même, l’argument qui vise à ébranler la foi d’un croyant en affirmant que leur foi est aussi ridicule qu’un conte de fées au fond du jardin est au mieux un argument facile, au pire un sophisme ad hominem.

La réthorique athée
Argument ad hominem

Il s’agit d’une tactique utilisée par Richard Dawkins dans son célèbre livre « The God Delusion ». C’est un texte très lu et il attaque violemment la foi et la religion, ainsi que la notion de Dieu. Ceux qui apprécient ce livre utilise ses arguments pour attaquer avec la férocité d’un Rottweiler enragé ceux qui ont une foi religieuse. Ils s’imaginent ainsi jouer un rôle dans une marche vers le progrès, vers une utopie non religieuse, un paradis matérialiste où il n’y aurait ni guerre ni guerre civile et où la société se serait débarrassée de la plus dangereuse de ses cinquièmes colonnes, la religion, laquelle vise à détruire tout ce qu’il y a de bon dans le monde. Dawkins est également célèbre pour avoir affirmé que le fardeau de la preuve repose sur le religieux et ce sont les non-croyants qui doivent justifier leur position dans un débat, non les athées.

Principe de causalité
Même les exceptions doivent être justifiées !

Quand les croyant viennent avec des faits scientifiques tels que le réglage de l’univers, la difficulté d’expliquer l’origine de l’univers, pourquoi la vie existe et la manière dont on peut rendre compte des développements modernes de la physique quantique, quand les croyants pensent que ces faits sont autant d’arguments en faveur de Dieu, les athées se moquent de leur Deus ex machina

On peut encore citer citer le rasoir d’Occam, lequel exige que la théorie la plus simple soit la théorie qui doivent être supposée être correcte (jusqu’à ce qu’une autre théorie plus convaincante soit découverte). Toutefois, si l’humanité s’en était servie comme directeur d’âme infaillible, nous n’aurions jamais pris aucun risque, les explorateurs n’auraient jamais navigué à travers l’atlantique puisqu’ils n’auraient dû posé qu’une seule route pour les Indes, et nous avons presque certainement n’auraient pas connu partout ces découvertes scientifiques que l’humanité a produit pendant les derniers millénaires.

Athéisme et utopie

Le rasoir d’Occam est un contre-argument raté parce que Dieu est souvent la simple réponse aux grandes questions de la création. Un rasoir à double tranchant, à ce qu’il semble... Comme la plupart des scientifiques crédibles l’admettent, nous sommes loin d’être en mesure de répondre à toutes les questions clés concernant notre existence. Nous ne pouvons donc affirmer que l’exclusion de toute possibilité de la divinité ne soit aussi un acte de foi.

L’athéisme est comme une croyance religieuse, une croyance qui n’a pas de preuve ni de certitude définitive.
C’est pourquoi on dit parfois que l’athéisme est une religion (et s’il vous plaît ne répondez pas par ce jeu de mot fatiguant « l’athéisme est une religion tout comme l’abstinence est une position sexuelle ») : il s’agit d’un ensemble de principes universels découlant de la croyance que Dieu n’existe pas. Il s’agit de la promotion de cette foi et du désir de convertir les autres à cette position, et c’est cela qui fait de l’athéisme moderne une religion par nature.

J’ai lu sur un forum une fois quelqu’un dire : « Je ne crois plus au Père Noël : cela fait-il de moi un fondamentaliste anti-papa-noël ? » Je répondrais : « Non » Toutefois, si vous vivez en pensant que personne ne doit croire au Père et que tous les enfants ne sont que des imbéciles, si vous pensez que le fait que vous soyez être au courant que d’autres croient au Père est un affront à vos droits de l’homme, alors je répondrais par : « Oui, vous sont un fondamentaliste anti-papa-noël ».

De même, si vous fait campagne activement contre la sexualité sous toutes ses formes, je dirais que vous êtes un fondamentaliste de l’abstinence.

Athéisme et simplification
Saurez-vous reconnaître les hommes célèbres récupérés dans la légende athée ?

Donc, j’accuse ces athées qui revendiquent haut et fort leur ferme conviction selon laquelle tous les autres vivent dans l’ignorance et que leurs croyances sont nuisibles à eux-mêmes et au monde autour d’eux, que les religions et les croyances qui existent depuis des milliers d’années et dont certains adeptes font aussi parti des hommes les plus intelligents qui aient jamais vécu (et s’il vous plaît : les intellectuels ne sont pas tous devenus athées après Darwin, qui lui-même ne se professait pas un athée, mais déiste), d’être des hommes sordides, mauvais et qui menacent l’humanité.

Maintenant, avant que nous ne condamnions toutes les religions comme mauvaises et sordides, portons nos regards sur la période la moins religieuse du 20e siècle.

Les plus grands maux commis dans l’humanité, y compris l’holocauste, les purges staliniennes, les atrocités de Mao, les champs de la mort du Cambodge et de l’invention de l’arme nucléaire, ont été perpétrés dans les sociétés ouvertement laïques où le fait de penser que nous sommes responsables de nous devant quelque chose de plus grand que nous était mal vu.

Ces mots n’ont pas été réalisées par le Vatican, l’Église d’Angleterre, le chef suprême de l’Iran, d’autres musulmans ou des juifs, mais seulement par des hommes et des hommes qui n’accordaient aucune valeur à Dieu.

Évidemment, ces atrocités n’ont pas été commis au nom de l’athéisme et tout théoricien religieux qui dit le contraire se trompe. Cependant, elles ont été commises dans des États ouvertement laïques où la religion était soit reléguée dans les bas-fonds soit activement discréditée.

Sans Dieu, l’humanité n’est plus sacrée et sans ce statut, nous sommes libres de faire aux autres ce que nos consciences nous disent de faire. Rien n’est plus subjectif que la conscience humaine. Toute sorte de fondamentalisme est dangereux, surtout quand il s’agit de quelque chose d’aussi complexe et d’aussi merveilleux que la vie et de son sens potentiel.

Il est probable que l’une des parties ait raison et que l’autre ait tort. Mais il est encore plus probable que nous soyons tous imparfaits et mauvais et que nous ne comprenions pas notre existence de la façon dont nous devrions. Ces débats doivent être poursuivis et ne doivent pas être reléguées à la sphère du « guerrier du clavier qui recycle ses vieilles idées philosophiques à la façon d’un perroquet » et ce, que vous soyez théiste ou athée.

Soyons urbains et ouverts aux nouvelles idées, essayant de trouver ce qu’il y a de meilleure en elle. Il s’agit certainement là de la vraie illumination, quand bien même nous ne serions pas d’accord entre nous. Il s’agit d’assumer nos différences avec charité, non de les nier. Toute l’étroitesse d’esprit est une forme d’ignorance et est, à son cœur, fondamentaliste.

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2 Messages

  • Existe-il un fondamentalisme athée ? Le 16 juillet à 18:27, par Jean-Claude Cousin

    Bonjour.
    Bizarrement, je rencontre bien peu de personnes qui ont accompli une démarche très simple comme la mienne. Certains pourront même la qualifier de simpliste.

    J’ai repris le pari de Pascal, et je l’ai raisonné à l’envers. On peut décider de s’efforcer à être prévenant, fraternel, solidaire envers les autres humains, sans devoir s’embarrasser d’un dieu qui en serait le deus ex machina. Pourquoi parler de « récompense » après la mort ? ou d’ailleurs de châtiment ? Ces cellules qui me composent, un jour auront terminé leur cohabitation, et cette machine-là s’arrêtera. La goutte d’eau, libérée de sa tension de surface, se sera évaporée, mais toutes les autres sont là, et d’autres gouttes se reformeront à partir de fragments de cette goutte-là. Ce ne seront pas les mêmes. Vouloir faire exister un au-delà, quelle farce !

    Donc, on tire un trait sur dieu tranquillement, et on admire l’univers, qui aurait été tout aussi beau sans doute si d’infimes différences au tout départ en avaient décidé autrement dans un hasard impliquant des lois de la nature différentes. Bien entendu « les humains » n’auraient pas vu le jour, qu’importe ?

    Depuis que cette décision individuelle s’est présentée à mon esprit, il y a quelque quarante-cinq ans, je suis libéré, et tout est bien. Je ne pense pas que cet athéisme soit fréquent, mais là encore, qu’importe ?

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    • Existe-il un fondamentalisme athée ? Le 25 juillet à 12:29, par JPP

      Réponse à M. Cousin de ci-dessus :

      Votre argument est très simple, voire un peu trop simple, au point d’en ignorer les points fondamentaux. Vous ne faites aucun pari de Pascal.

      Vous avez une magnifique (a minima) affirmation dogmatique dans votre propos : l’affirmation d’un au-delà est une farce. Ah bon ? Et pourquoi ? Parce que c’est une farce ? Rhétorique...

      Je vous reprocherai deux choses :
      a) Vous parlez de « prévenance », « fraternité », « solidarité ». Bien. Selon quoi ? Selon qui ? Selon vos idées ? Que faites-vous de quelqu’un qui n’a pas les mêmes idées ? Votre morale marche de façon individuelle, sous réserve que l’on soit d’accord avec vous. Et encore, les idées que vous claironnez ne sont pas évidentes, et sont basées sur une moralité déjà existante. Laquelle ? Pourquoi celle-là ? Si, par exemple, je vous dis que pour être prévenant, il faut tuer tout les grands blonds, vous répondrez quoi ? Votre argumentation fuit dans le subjectif.
      b) « On tire un trait » : là, c’est sur votre raisonnement qu’on tire un trait. Votre athéisme, c’est un « je-m’en-foutisme » déguisé, une magnifique mise au silence de la raison. Après tout, selon vos mots, « qu’importe ? ». Qu’importe de savoir si la Terre est plate ?

      Au final, rien de nouveau : vous avez vos idées, et si elles sont fausses, qu’importe ? C’est un athéisme non-dogmatiste « plat » en apparence qui marche bien... tant qu’on est d’accord avec vous. En un mot, un avachissement intellectuel. Levons les bras, haussons les épaules, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes...

      Si cela vous convient, tant mieux. Mais nous ne poussez pas à vous suivre, nous qui cherchons la vérité, ni à vous réfugier dans un subjectivisme absent de toute critique.

      JPP

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