Ève a-t-elle existé ?

lundi 23 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

S’il paraît raisonnable d’affirmer l’existence historique d’un premier homme surnommé à juste titre d’« Adam », l’existence d’Ève pose davantage de questions.

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Le squelette de Lucie
La première femme ?

La mention biblique qui affirme le plus clairement son existence se trouve dans le livre de Tobie (Tobie, 8,6), mais il est vrai aussi que ce livre est deutérocanonique. Dans le reste de la Bible, le personnage d’Ève ne parait pas avoir la même portée que le personnage d’Adam. Celle-ci est toujours présentée soit comme l’aide d’Adam soit comme la personne par qui la tentation arriva – ou plutôt par qui la tentation arriva jusqu’à Adam, puisque c’est Adam qui porte la plus grande responsabilité du péché. Comme si le personnage d’Ève ne servait qu’à mettre davantage en relief le personnage d’Adam, sa grandeur et sa chute...

Au total, la Bible semble affirmer moins l’existence d’une Ève en tant que telle, et davantage l’existence d’un premier couple d’humain duquel procéderait l’ensemble de l’humanité. En conséquence, on peut chercher à justifier l’existence historique d’Ève de deux manières :

  • soit en remontant les générations pour démontrer comment toute l’humanité remonte à une première femme. C’est la quête d’une « Ève scientifique ».
  • soit en étudiant la figure d’Adam pour essayer de démontrer l’existence d’un premier couple humain. C’est la quête d’une « Ève biblique ».

Who Was Mitochondrial Eve ?
Pour éviter les court-circuits
Shane Killian

La première méthode, pour intéressante qu’elle soit, s’avère limitée. Certes, elle donne des raisons de postuler l’existence d’une ancêtre commune : en étudiant l’ADN mitochondrial, on parvient ainsi à affirmer l’existence d’une telle aïeule. Néanmoins, cette méthode ne permet pas de répondre à plusieurs autres questions : cette ancêtre commune est-elle une ancêtre unique ? Et cette ancêtre commune a-t-elle vécue au même moment qu’Adam ? Notons enfin que cette méthode s’appuie sur des considérations biologiques : or nulle part dans la Bible, Ève n’est définie par des caractéristiques biologiques.

La deuxième méthode s’avère probablement plus intéressante : nous avons dit qu’il était raisonnable de postuler l’existence d’un premier homme, celui-là même que la Bible surnomme « Adam ». Or, mutatis mutandis, les mêmes arguments permettant de démontrer son existence valent pour Ève. En effet,

  • S’il a bien existé un premier homme surnommé Adam, celui n’a pu connaître qu’un nombre probablement très restreint de femmes.
  • Certes, la paléoanthropologie ne permet pas de dire que les premiers hommes étaient monogames, mais rien ne permet non plus d’affirmer le contraire et nombre d’espèces animales sont monogames. Surtout, si Adam est le personnage qui a découvert la moralité et le premier à posséder une conscience morale, il est aussi celui qui – par là-même – a découvert la moralité conjugale et la conscience conjugale. Celle-ci est d’ailleurs toute entière contenue dans une parole qui lui attribue la Bible (Genèse 2,24). Ainsi, compte tenu du génie moral d’Adam, sa monogamie devient probable.
  • Si le passage de l’animalité à l’humanité s’est fait par émergence de la conscience morale au sein de la psychologie animale, rien ne permet d’affirmer que le premier humain fut un homme plutôt qu’une femme. Il y a donc autant de raisons à postuler l’existence d’une première femme ou d’un premier homme.
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    La création d’Adam
    Reprise moderne de la peinture de Michelange dans la chapelle Sixtine.

    Peut-être même cette conscience morale émergente n’a pas été le fait d’un individu, mais d’un couple d’individus : l’un des conjoints serait alors à l’initiative de la découverte du bien et du mal et aurait partagé avec l’autre conjoint sa découverte. Au total, la découverte serait devenue explicitée et assumée suite à une interaction dialoguée.

C’est d’ailleurs ce dernier cas de figure que semble envisagé la Bible : si Ève paraît clairement avoir une conscience morale (Genèse 3,2 et 3,13), elle ne paraît pas l’avoir découverte de son propre chef, de même qu’elle ne semble pas avoir reçu de Dieu l’interdiction de manger du fruit défendu, mais d’Adam.

En conclusion, toutes ces raisons amènent à penser qu’une « Ève » a peut-être existé, mais rien ne permet toutefois de l’affirmer avec certitude.

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