Doit-on repousser le pécheur qui vient communier ?

jeudi 18 décembre 2014, par theopedie

En bref : Sur la parole du Psaume (22, 30) : « Tous les puissants de la terre mangeront et adoreront », S. Augustin dit : « Le ministre sacramentel n’interdisait pas aux puissants de la terre », c’est-à-dire aux pécheurs, « de manger à la table du Seigneur ».

Nous reproduisons ci-dessous un article de saint Thomas d’Aquin (III,80,7), traitant de ce sujet.

 Thèse

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Les péchés véniels n’empêchent pas la communion...
....la preuve

Au sujet des pécheurs, il faut distinguer.

  • Les uns sont des pécheurs occultes.
  • D’autres sont des pécheurs publics, soit parce que le fait est évident, comme pour les usuriers et les brigands avérés, ou bien par suite d’un jugement ecclésiastique ou civil.

Aux pécheurs publics, on ne doit pas, même s’ils la demandent, donner la sainte communion. Aussi S. Cyprien écrit-il : « Dans ta charité, tu as jugé bon de me consulter sur ce que je pense des comédiens et de ce magicien qui, installé chez vous, s’obstine encore dans ses pratiques infâmes : faut-il leur donner la sainte communion avec les autres chrétiens ? Je pense qu’il ne convient ni à la majesté divine, ni à l’enseignement de l’Évangile que la pureté et l’honneur de l’Église soient souillés par un contact aussi honteux et infâme. »

Mais si, au lieu d’être des pécheurs publics, ce sont des pécheurs occultes, on ne peut leur refuser la sainte communion, s’ils la demandent. Puisque tout chrétien, du fait même qu’il a été baptisé, a été admis à la table du Seigneur, on ne peut le priver de son droit que pour un motif manifeste. C’est pourquoi, sur le texte (1 Co 5, 11) : « Si quelqu’un parmi vous porte le nom de frère... » la glose d’Augustin donne cette explication : « Nous ne pouvons interdire la communion à qui que ce soit, à moins qu’il ait avoué de lui-même, ou qu’il ait été cité et confondu par un jugement ecclésiastique ou civil. »

Cependant, le prêtre qui a connaissance d’un crime peut avertir en secret le pécheur occulte, ou avertir en public tous les fidèles d’une façon générale, de ne pas s’approcher de la table du Seigneur avant de s’être repentis et de s’être réconciliés avec l’Église. Car, après la pénitence et la réconciliation, on ne doit pas refuser la communion même aux pécheurs publics, surtout à l’article de la mort. Aussi trouve-t-on cette prescription dans un concile de Carthage : « Aux comédiens et aux gens de condition analogue, ou aux apostats, qui sont revenus à Dieu, qu’on ne refuse pas la réconciliation. »

 Objections et réponse

1. On ne doit jamais enfreindre un précepte du Christ, ni pour éviter le scandale, ni pour épargner le déshonneur à qui que ce soit. Mais le Seigneur a donné ce précepte (Mt 7, 6) : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré. » C’est ce qu’on fait au plus haut point lorsqu’on accorde ce sacrement aux pécheurs. Donc, ni pour éviter le scandale, ni pour éviter le déshonneur à qui que ce soit, on ne doit donner ce sacrement au pécheur qui le demande.

  • Il est interdit de donner les choses saintes aux « chiens », c’est-à-dire aux pécheurs publics. Mais on ne peut pas punir publiquement les péchés occultes : il faut les laisser au jugement de Dieu.

2. De deux maux il faut choisir le moindre. Mais il semble qu’il y ait un moindre mal si un pécheur est diffamé, ou même si on lui donne une hostie non consacrée, que s’il mange le corps du Christ et pèche ainsi mortellement. Il semble donc qu’on doit choisir plutôt de diffamer le pécheur qui demande le corps du Christ, ou de lui donner une hostie non consacrée.

  • Sans doute, qu’un pécheur occulte commette un nouveau péché mortel en mangeant le corps du Christ, cela est pire que sa diffamation ; cependant, pour le prêtre qui donne le corps du Christ, il est pire de pécher mortellement en diffamant injustement un pécheur occulte que de permettre à celui-ci de pécher lui-même mortellement. Car personne ne peut commettre un péché mortel pour délivrer autrui du péché. Aussi S. Augustin dit-il : « Il serait très dangereux d’admettre cet échange, de faire nous-mêmes quelque chose de mal pour qu’un autre ne fasse pas un mal plus grave. » Cependant le pécheur occulte devrait choisir plus volontiers d’être diffamé que d’approcher indignement de la table du Seigneur. En tout cas on ne doit pas donner une hostie non consacrée à la place d’une hostie consacrée ; car le prêtre qui ferait cela, autant qu’il dépendrait de lui, ferait commettre une idolâtrie à ceux qui croient l’hostie consacrée, qu’il s’agisse des autres assistants, ou du communiant lui-même. Comme dit S. Augustin : « Que personne ne mange la chair du Christ qu’il ne l’ait d’abord adorée. » Aussi est-il écrit dans la décrétale sur la célébration de la messe : « Bien que celui qui a conscience d’un crime et se juge indigne pèche gravement s’il passe outre, cependant il semble plus coupable, celui qui a l’audace d’accomplir une démarche simulée. »

3. On donne parfois le corps du Christ à ceux qui sont suspects d’un crime, pour les démasquer. On lit en effet dans les Décrets : « Il arrive souvent que des vols soient commis dans les monastères. Aussi avons-nous décidé que, quand les frères eux-mêmes doivent se justifier de tels crimes, la messe soit célébrée par l’abbé, ou par un des frères présents, et qu’à la fin de la messe, tous communient avec ces paroles : » Voici le corps du Christ, pour te servir d’épreuve aujourd’hui. « Et plus loin : » Si l’on accuse un évêque ou un prêtre d’un maléfice, il doit chaque fois célébrer la messe et communier, et chaque fois montrer qu’il est innocent de ce dont on l’accuse. " Mais il ne faut pas dénoncer les pécheurs occultes, parce que, s’ils ont perdu toute vergogne, ils pécheront plus hardiment, dit S. Augustin. Donc on ne doit pas donner le corps du Christ aux pécheurs occultes, même s’ils le demandent.

  • Ces décrets ont été abrogés par des documents En sens contraire des pontifes romains. Le pape Étienne dit en effet : « Les sacrés canons ne permettent pas d’extorquer un aveu à qui que ce soit par l’épreuve du fer rouge ou de l’eau bouillante. Dans notre droit, les délits doivent être jugés sur un aveu spontané, ou sur une preuve faite par l’audition publique de témoins. Quant aux délits occultes et inconnus, il faut les laisser à celui qui, seul, connaît les cœurs des enfants des hommes. » Et l’on trouve la même décision dans la décrétale sur les expiations car en tout cela, on semble tenter Dieu ; aussi de tels procédés ne peuvent-ils être employés sans péché. Et il semblerait très grave que dans ce sacrement, qui a été institué pour être un remède de salut, quelqu’un trouve un jugement de mort. Donc, en aucun cas, on ne doit donner le corps du Christ à un suspect par manière d’épreuve.

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