Dieu se met-il en colère selon la Bible et selon Jésus ?

jeudi 30 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Malgré la tentation qui existe depuis Marcion de réduire Dieu ou Jésus à une simple gentillesse, la Bible affirme sans aucune ambiguïté que Dieu peut se mettre en colère. La difficulté vient de notre conception parfois trop naïve de l’amour.

De même qu’il y a une tendance récurrente à réduire l’amour à un sentiment, il y a une tendance récurrente chez certains chrétiens à vouloir exclure la colère d’un Dieu conçu comme pur amour. Le premier exemple - et le plus fameux - nous est donné dès l’Église des premiers siècles avec la figure de Marcion. Voici comment Tertullien, son adversaire, résume la théologie de celui-ci :

Un Dieu meilleur avait été découvert, un Dieu qui n’est ni offensé, ni en colère, qui n’inflige aucun châtiment, qui n’a pas de feu couvant en enfer, où il n’y a pas de ténèbres du dehors avec des pleurs et des grincements de dents : il n’est que gentillesse. Bien sûr, il vous interdit de pécher, mais seulement dans ses écrits. (Contre Marcion, 1,27)

Pour Marcion, le Dieu de l’Ancien Testament, souvent en colère, jaloux et dur, est remplacé par le Dieu du Nouveau Testament, pur amour et pure miséricorde, le Dieu de Jésus et de Luc. En conséquence, Marcion avait « expurgé » la Bible de tous les passages choquants où Dieu se mettait en colère (et il ne restait plus grand chose...).

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Le grand jour de sa colère
John Martin

Qu’en est-il alors ? Dans l’Ancien Testament, Dieu peut se mettre en colère, et il ne s’en prive pas. À tel point que l’on peut dire que la vengeance est présentée dans l’Ancien Testament comme l’un des attributs divins majeurs. Le Dieu du Sinaï est le Dieu dont la colère détruit le pécheur et sert à corriger le juste qui chute :

Où vous frapper encore, vous qui persistez dans la défection ? Toute la tête est devenue malade et tout le cœur est souffrant ; de la pante des pieds jusqu’à la tête, rien n’est intact : blessures, meurtrissures, plaies vives, ni bandées, ni pansées, ni adoucies avec de l’huile ! (Isaïe 1,5-6)

Je vais vous l’apprendre, ce que je ferai à ma vigne [la vigne est une image du peuple juif]. J’enlèverai sa haie et elle sera broutée, j’abattrai sa clôture et elle sera piétinée (Isaïe 5,5)

Mais qu’en est-il de Jésus ? Jésus a-t-il prêché le pur amour de Dieu à l’exclusion de toute colère divine ? À lire attentivement les évangiles, il semble qu’il faille répondre par la négative. Dans la prédication de Jésus, Dieu est certes d’abord Père miséricordieux, mais il est aussi colère :

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Noé et le déluge
John Martin

  • Explicitement, le terme de « colère » appliqué à Dieu n’apparaît pas dans la bouche de Jésus, sinon en Lc 21,23. Toutefois, implicitement, cette colère apparaît très souvent à travers une expression de Jésus qui revient comme un refrain, au moins dans l’évangile de Matthieu : « les ténèbres du dehors, là où il y aura des pleurs et des grincement de dents ».
  • Certaines paraboles sont une image de la colère de Dieu, lui qui va venir tuer les hypocrites (Matthieu 18:34) et faire périr ceux qui se rebellent (Luc 19,27), qui va chasser les invités qui ne viennent pas (Luc 14,21), voire les tuer (Matthieu 22,7). Le jugement et l’enfer sont repris à travers le terme de la « Géhenne » et la parabole de Matthieu 25,31-46.
  • Jésus lui-même se met en colère, et il s’agit à chaque fois de « saintes colères » : contre Pierre qu’il traite de Démon, contre les marchands du temple, et contre les pharisiens et les scribes qu’il reprend vertement (Matthieu 23).

Cette colère de Dieu, introduite dans l’Ancien Testament et assumée par Jésus, se retrouve chez saint Paul : Romains 1,24-28 ; Romains 3,5 ; 1 Corinthiens 10,22 ; 2 Thessaloniciens 1,6-9 :

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Sodome et Gomorrhe
John Martin

N’est-il pas juste aux yeux de Dieu de rendre l’affliction à ceux qui vous affligent, et à vous les affligés le repos avec nous, quand se révélera le Seigneur Jésus venant du ciel, avec les anges de sa puissance , dans un feu ardent, pour tirer vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus. Ceux-là subiront la peine d’une perdition éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force, lorsqu’il viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru.

D’autres passages, nombreux, permettraient d’approfondir ce thème de la colère divine dans la Lettre aux Hébreux et dans l’Apocalypse. Les citations précédentes suffisent toutefois à notre propos : le Dieu de la Bible et le Dieu de Jésus est un Dieu qui connaît la colère. Certes, la colère n’est pas le propre de Dieu comme l’est sa miséricorde, mais il n’en reste pas moins que celle-ci est aussi l’expression de sa vertu et de sa bonté : la colère est en effet le sentiment du juste face à l’injustice.

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