Dieu peut-il changer d’avis, selon la Bible ?

lundi 21 avril 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Même si beaucoup de passages bibliques suggèrent que Dieu peut changer d’avis, et qu’il y a ici une source d’espérance et de miséricorde, il y a d’un point de vue métaphysique une certaine nuance à respecter. Dieu ne saurait en effet changer d’avis : la Bible elle-même affirme que Dieu est immuable. Ces passages doivent être interprétés avec prudence pour respecter à la fois la souveraineté et la miséricorde divines. On dira que c’est du point de vue humain que Dieu change (Dieu « semble » avoir changé), non que lui-même ait changé.

 Des passages bibliques contradictoires

Beaucoup de passages dans la Bible suggèrent que Dieu peut changer pour le bien de son peuple :

Moïse parla ainsi au Seigneur : Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir de notre pays, c’est pour les tuer dans les montagne et les exterminer de la surface de la terre ? Renonce à ton ardent colère et reviens sur ta décision de faire du mal à ton peuple ! Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs ! Tu leur as dit en jurant par toi-même : Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout le pays dont j’ai parlé et ils le posséderon t pour toujours. YHWH renonça alors au mal qu’il avait déclaré vouloir faire à son peuple (Exode 33,12-14).

The Immutability of God
Unpopular Bible Doctrines #15
CAnswersTV

D’autres passages sont à lire dans le même sens : Jérémie 26 ; Jonas 3,4, etc. D’autres passages suggèrent au contraire que Dieu peut changer, mais pour se repentir et punir son peuple :

Le Seigneur vit que le mal des humains était grand sur la terre, et que leur cœur ne concevait jamais que des pensées mauvaises. Le Seigneur regretta d’avoir fait les humains sur la terre, et son cœur fut affligé. Le Seigneur dit : J’effacerai de la terre les humains que j’ai créés ; j’effacerai depuis les humains jusqu’au bétail, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ; car je regrette de les avoir faits. (Genèse 6,5-7)

Il y a dans cette image de Dieu à la fois une source de crainte (Dieu peut punir) et une source d’espérance (Dieu peut faire miséricorde).

Toutefois, d’autres passages dans la Bible suggèrent au contraire que Dieu ne peut changer d’avis : Nombre 23,18-20 ; 1 Samuel 15:28-29 ; Psaume 110:4, etc. Voire même, d’autres passages suggèrent que Dieu est immutable : Psaume 10 ; Jacques, 1,17, etc. Que conclure alors ?

Dieu Fidèle
Dieu fidèle, Tu ne changes pas
Éternel, mon rocher, ma paix
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 Solutions

Rappelons d’abord que tous les passages de la Bible n’ont pas la même autorité : certes, tous les textes font autorité, mais il existe une hiérarchie entre ces mêmes textes. Et il convient d’interpréter les passages à première vue contradictoires en fonction de cette hiérarchie d’autorité : l’Évangile a plus d’autorité que les lettres de Saint Paul, le Nouveau Testament a plus d’autorité que l’Ancien Testament et un sens explicite a plus d’autorité qu’un sens implicite. Or, au vu de cette hiérarchie, c’est probablement au texte de saint Jacques 1,17 qu’il convient d’accorder le plus de poids. Et ce passage plaide en faveur de l’immutabilité divine.

Disons ensuite qu’il convient de distinguer le sens littéral d’un texte avec ce que l’auteur a réellement voulu dire. Parfois en effet les deux ne coïncident pas. Par exemple, quand l’auteur de la Genèse présente Dieu comme se promenant dans le jardin d’Éden, cela ne veut certainement pas dire que Dieu a des jambes pour se promener. Il convient alors de distinguer sens historique ; sens littéral ; sens poétique, etc. Et les passages qui affirment que Dieu change d’avis ne doivent pas forcément être pris dans un sens littéral : ils ont une valeur d’abord pédagogique (rappeler que Dieu patiente devant l’homme mais pour le juger de façon juste et miséricordieuse). Ceci est d’autant plus vrai que, pris dans un sens littéral, ces mêmes passages commettent des anthropopathismes. Il convient ici de rappeler la phrase d’Ézechiel : « Mes pensées ne sont pas vos pensées. Aussi haut qu’est le ciel par dessus la terre, mes pensées sont au-dessus de vos pensées ». Prudence donc quand l’exégèse scrute la psychologie divine.

Non Non Rien N’a Changé
Les Poppys - 1971
AskFranz, V9Po8lSIKww

Enfin, il existe une manière d’interpréter ces passages de manière tout à fait compatible avec l’immutabilité divine : ces changements d’avis dont parle la Bible expriment la manière dont Dieu et le monde sont reliés. Du point de vue de Dieu, cette relation est invariable puisque lui-même ne change pas, mais du point de vue humain, cette relation est variable puisque parfois les hommes changent. Ainsi, Dieu peut tout à fait changer d’avis mais ceci n’est vrai que du point de vue humain :

Is there a better way of understanding these statements about God’s repentance ? What if we look upon those promises and warnings as being conditional in nature, so that the comprehensive forme of statment would be : I will reward obedience and righteousness, and condemn or punish disobedience and unrighteousness. Then, when God moves from promise to punishment, it is not because he has in any way deviated from his original intention, but that the recipients of those pronouncements have changed. This means that the changes to be found in God in these cases are actually relational changes. Go is related differently to these persons than he had been, but not because he has changed, rather, it is they who have changed. Relational change, however, is considered by most philosophers not to be real change in the subject concerned. (God and Change. Millard Erickson)

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