Dieu est-il le seul objet extrinsèque qui influence la liberté humaine ?

dimanche 20 septembre 2015, par theopedie

En bref : L’Apôtre a déclaré (Ph 2, 13) : « C’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire. »

Le mouvement de la liberté procède d’un principe intérieur, de même que le mouvement physique. Or, bien qu’une réalité puisse mouvoir une réalité physique sans être pour autant cause de sa structure physique, cependant, pour causer ce mouvement physique même, il faut être en quelque sort cause de la nature physique elle-même. En effet, la pierre peut être lancée par un homme, sans que celui-ci ne soit cause de la nature de la pierre elle-même, mais la manière dont la pierre réagit à ce lancer dépend de celui qui a causé la nature physique intrinsèque de la pierre elle-même. Ainsi l’homme, qui possède une liberté, peut parfois être influencée par une réalité qui n’est pas sa cause ; mais que son mouvement libre ait pour origine une réalité extérieure qui ne soit pas cause de sa liberté, cela est impossible.

Or rien ne peut être cause de la liberté sinon Dieu. On peut le montrer de deux manière. D’abord parce que la liberté est une faculté de la conscience psychique, laquelle, comme on l’a dit dans la première partie, n’est causée par création que par Dieu seul. En second lieu parce que la liberté est naturellement ordonnée à la perfection universelle. Cela fait que nul autre que Dieu, lequel est la perfection universelle, ne peut être cause de la liberté. Tout autre perfection n’est que participée et n’est donc qu’une perfection particulière ; or une cause particulière ne peut pas susciter d’aspiration universelle. Ainsi, la matière élémentaire, qui peut revêtir potentiellement toute forme de structure, ne peut pas non plus être l’effet d’aucun agent particulier.

Objections et solutions :

1. Il est naturel à une réalité inférieure d’être influencée par la réalité qui lui est supérieure, comme les particules élémentaires sont mus par les systèmes astronomiques. Mais la liberté de l’homme a quelqu’un qui, après Dieu, lui est supérieur, et c’est l’ange. Elle peut donc être mue aussi par celui-ci à titre de principe extérieur.

• L’ange n’est pas supérieur à l’homme en ce sens qu’il serait cause de sa liberté comme les réalités astronomiques sont causes des structures physiques, auxquelles font suite les mouvements des corps naturels.

2. le fait de notre liberté suit un fait intellectuel. Mais, selon Denys, l’intelligence de l’homme n’est pas seulement influencée par Dieu, mais aussi par des intuitions angéliques. Cela vaut donc aussi pour la liberté.

• L’intelligence humaine est influencée par l’ange, en fonction d’un objectif proposé à sa connaissance par une intuition angélique. Cela est compatible avec la manière dont la liberté peut être influencée par une réalité extérieure, comme on l’a dit.

3. Dieu ne peut être cause que de choses belles, car la Genèse (1, 31) dit : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et c’était très beau. » Donc si la liberté de l’homme n’était influencée que par Dieu, jamais elle ne serait portée au mal, alors que, selon l’expression de st. Augustin, elle est à la fois « ce par quoi l’on pèche et par quoi l’on mène une vie droite ».

• Dieu influence la liberté de l’homme en l’orientant, à la manière d’un facteur universel, vers son objectif, à savoir la perfection universelle. Sans cette influence universelle, l’homme ne peut souhaiter quelque chose. Mais par sa conscience, il se détermine à souhaiter ceci ou cela, que ce soit une perfection authentique ou seulement apparente. Cependant encore, Dieu influence parfois certains de façon spéciale afin qu’ils souhaitent avec détermination quelque chose de parfait ; ainsi ceux qu’il influence par sa grâce, comme on le dira plus loin.

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