Dieu comme explication personnelle de toutes choses (d’après Swinburne)

jeudi 27 novembre 2014, par Denis Cerba

En bref : Quand le théiste dit que « Dieu est le créateur de toutes choses », il veut dire que « Dieu explique toutes choses », mais au sens d’une explication (de type) irréductiblement personnelle.

Que veut dire le théiste quand il dit que « Dieu est le créateur de toutes choses » ?

Swinburne a déjà expliqué ce que signifie « créer toutes choses » : cela signifie que Dieu produit (ou permet la production de) toutes les réalités logiquement contingentes autres que lui-même (cf. Quelles sont les choses que Dieu crée ? et Qu’est-ce que créer ?).

Il ajoute maintenant une précision importante à cette définition de la création : l’action du Dieu créateur est une action (de type) personnelle.

Ou, dit autrement :

Clairement le théiste, en affirmant qu’il existe un esprit omniprésent, Dieu, qui fait ou produit (ou permet la production de) toute réalité contingente autre que lui-même, utilise la notion d’explication (de type) personnelle. [1]

Il a auparavant expliqué la notion d’explication (de type) personnelle, en la distinguant de celle d’explication (de type) scientifique ; il a également montré que l’explication (de type) personnelle est aussi satisfaisante que l’explication (de type) scientifique, et est irréductible à cette dernière.

Voici maintenant comment il synthétise les différents aspects de l’affirmation selon laquelle Dieu est l’explication — (de type) personnelle — de toutes choses :

[Le théiste] affirme que les objets (physiques et autres) qui existent et exercent les pouvoirs qu’ils se trouvent exercer, sont le résultat d’actions d’un esprit omniprésent : Dieu. Clairement, le théiste tient que dans ce cas (avec une exception partielle que nous noterons à la fin de ce paragraphe) il n’y a aucune explication scientifique (ou aucune explication en termes de l’action de quelque autre personne) de l’existence et de l’opération des facteurs impliqués dans cette explication (de type) personnelle. Ces facteurs sont une personne : Dieu, ses intentions, ses capacités, ses pensées, et le fait que ses actions basiques ont les conséquences qu’elles ont. Que Dieu ait les capacités qu’il a est une conséquence de sa toute-puissance ; qu’il ait les pensées qu’il a est une conséquence de son omniscience. (Je discuterai l’omnipotence et l’omniscience de Dieu dans les deux prochains chapitres : ce sont des propriétés qui appartiennent à la nature de Dieu, et nous verrons dans un chapitre ultérieur comment le théiste tient que l’existence et la nature de Dieu n’ont pas d’autre explication qu’elles-mêmes.) Nous verrons plus tard dans le présent chapitre comment le théiste tient que Dieu est libre, au sens où aucun autre facteur causal (tel qu’un état du monde ou une loi naturelle) n’influence en aucune façon les intentions en vertu desquelles Dieu agit. Quant au fait que les actions basiques de Dieu aient les conséquences qu’elles ont, c’est soit une affaire de logique, soit dû aux connexions causales qui, de fait, se produisent dans le monde. L’occurrence de ces connexions causales a certes une explication de type scientifique (ce que le théiste admet) : mais celle-ci est à son tour explicable par l’action de Dieu. En effet (comme je vais l’expliquer tout de suite), le théiste tient que l’opération des lois de la nature résulte d’une action basique de Dieu. [2]

Pour résumer : pour le théisme, Dieu est l’explication personnelle ultime de toutes choses. Cela signifie que :

  1. Que Dieu est une explication (de type) personnelle : les facteurs de cette explication sont avant tout une personne : Dieu, et ses intentions — et plus accessoirement, mais pour que l’explication soit vraiment complète : ses capacités, ses pensées (beliefs) et le fait que ce qu’il fait ait de fait certaines conséquences (= « que les actions basiques de Dieu ont les conséquences qu’elles ont »).
  2. Cette explication explique toutes choses, au sens où elle explique à la fois l’existence et les opérations de toutes choses : « ... les objets (physiques et autres) qui existent et exercent les pouvoirs qu’ils exercent, sont le résultat des actions de [...] Dieu. »
  3. Cette explication est ultime : elle n’est pas réductible à une autre explication encore plus radicale, et en particulier à une explication de type scientifique. C’est déjà clair en ce qui concerne ses facteurs principaux : Dieu comme personne et ses intentions (cf. L’irréductibilité de l’explication (de type) personnelle). Reste à préciser néanmoins que Dieu est absolument libre (et en quel sens : ce sera l’objet de la fin du chapitre). Concernant les facteurs secondaires : les capacités et les pensées qu’ a Dieu s’expliquent par sa seule nature — et il sera montré ultérieurement que la nature de Dieu n’a aucune explication ultérieure. Reste le fait que les actions (basiques) de Dieu ont de fait certaines conséquences, ce qui peut sembler subordonner Dieu aux connexions causales entre les choses explicables scientifiquement : néanmoins, ce n’est pas le cas, puisque ces connexions causales sont le résultat de l’opération des lois de la nature, que le « le théiste tient que l’opération des lois de la nature est le résultat d’une action basique de Dieu »

Notes

[1R. Swinburne, The Coherence of Theism, 1993, p. 141-2.

[2Ibid., p. 142.

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