Démontrer l’existence de Dieu, est-ce en faire une idole ?

jeudi 29 août 2013, par theopedie

N’écoute pas les idoles
France Gall

Il existe une idée courante selon laquelle la connaissance naturelle de Dieu, de son existence et des propriétés - ce qui ressort du domaine traditionnelle de la philosophie rationnelle et de la métaphysique - favoriserait une conception idolâtrique de Dieu. Ainsi Jean-Luc Marion, un philosophe chrétien, écrit-il :

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Jean Luc Marion

Pour notre propos, il suffit de pointer la double charpente de l’idole : morale et métaphysique, double machine, machinerie ou machination qui s’arroge le titre « Dieu », sans autre droit que le fait. Si morale et métaphysique produisent des idoles, si la « mort de Dieu » les révoque, devrait-on conclure que l’espace se dégage pour un dépassement de la métaphysique, ou, plus vulgairement, pour une nouvelle morale ? Il ne nous appartient pas d’en décider, puisque d’ailleurs beaucoup s’y occupent. Ce qui du moins de libère ainsi, ne serait-ce pas plutôt le divin, sans le masque d’aucune idole ? (L’idole et la distance).

L’idée selon laquelle la raison ne pourrait à elleseule produire seulement une idole peut être défendue par deux arguments :

  1. Croire dans la force de la raison humaine, c’est faire preuve d’orgueil.
  2. L’idée de Dieu que la raison donne est une idée inadéquate.

Mais ces deux arguments ne sont pas sans poser de question : à trop dévaloriser la création, on finit non pas par valoriser son Créateur mais par le dévaloriser. Car dire « ce qu’il y a de plus en l’homme, à savoir sa raison, est avant tout une source de péché » favorise la représentation d’un dieu sadique et autocrate. Revenons donc sur chacun de ces deux arguments :

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La déesse raison
idole de la révolution française

  1. Il ne faut pas confondre les deux attitudes intellectuelles suivantes : « Croire dans la force de la raison humaine » et « Ne croire que dans la force de la raison humaine ». La première semble être le fait d’un optimisme intellectuel qui pousse naturellement l’homme à faire usage de sa raison. A priori, ceci semble être à la fois une attitude vérifiée par les progrès de la science et une manière de louer celui qui a créé la raison humaine. De soi, elle n’exclut pas une ouverture sur la grâce, à la manière de la deuxième attitude, laquelle mène quant à elle à une arrogance et à une fermeture d’esprit condamnables.
  2. L’idée de Dieu que forge la raison est une connaissance négative qui nous renseigne davantage sur ce que Dieu n’est pas, plutôt que sur ce que Dieu est. En effet, en cherchant à démontrer l’existence de Dieu, la raison part de l’existence de l’univers et abstrait du concept de l’existence toute signe de finitude causale. On aboutit à l’idée de quelque chose d’absolu, sans cause, éternel, immanent et transcendant à la fois. Ce concept négatif, « vide » pour ainsi dire, permet d’atteindre Dieu mais il laisse place à une autre connaissance de Dieu, cette-fois ci positive (ce que Dieu est en lui-même) qui sera donnée à travers la révélation de cet absolu dans l’histoire. Cette connaissance positive de Dieu, la raison n’a donc jamais prétendu pouvoir la donner à travers une démonstration. L’idée de Dieu que donne la raison donne est donc une idée adéquate, mais incomplète. (On peut toujours dire que « l’absolu sans cause et éternel » est une idée inadéquate de Dieu, mais une argument supplémentaire est alors attendu.)

Il n’y a donc pas, de soi, à avoir peur d’idolâtrer Dieu à travers les démonstrations de son existence. Voici d’ailleurs en quels termes la Bible raconte la création de l’homme :

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la création d’Adam
Chapelle Sixtine, Michel-Ange

Dieu dit enfin : « Faisons les êtres humains ; qu’ils soient comme une image de nous, une image vraiment ressemblante ! Qu’ils soient les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et sur la terre, des gros animaux et des petites bêtes qui se meuvent au ras du sol ! » Dieu créa les êtres humains comme une image de lui-même ; il les créa homme et femme. Gn 1, 26-27

C’est dans la raison que la tradition chrétienne a vu le fondement de cette ressemblance entre l’homme et Dieu : après tout, la raison est ce qui fait la dignité de l’homme, et si l’homme est créé à l’image de Dieu, seule la raison peut être le digne fondement de cette ressemblance (argument de convenance). Mais si la raison est une image de Dieu lui-même, il n’y a pas à avoir peur d’idolâtrer le Dieu de la Bible en faisant usage d’une raison qui lui ressemble.

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