De quelle personne de la Trinité le caractère sacramentel est-il l’empreinte ?

lundi 18 août 2014, par theopedie

En bref : « Le caractère est une marque distinctive imprimée par le Caractère éternel dans l’âme rationnelle selon qu’il est image, configurant la trinité créée à la Trinité créatrice et recréatrice, et distinguant les fidèles de ceux qui ne sont pas configurés selon la condition stable de la foi. » Mais le Caractère éternel, c’est le Christ lui-même qui est, selon l’épître aux Hébreux (1, 3) : « le rayonnement de la gloire, et la figure (ou caractère) de la substance du Père. » C’est donc au Christ que l’on doit attribuer en propre le caractère sacramentel.

L’article ci-dessous est tiré de la Somme de Théologie (IIIa, q63) de saint Thomas d’Aquin.

 Thèse

Comme on l’a montré plus haut, le caractère est proprement un sceau qui désigne une chose ordonnée à une fin déterminée ; ainsi, c’est par un caractère que le denier est désigné pour servir au commerce, et les soldats sont marqués d’un caractère qui les députe au service militaire. Or le fidèle est député à deux choses.

  1. D’abord et à titre principal à la jouissance de la gloire, et pour cela, il est marqué du sceau de la grâce ; c’est ce que dit Ézéchiel (9, 4) : « Marque d’un Tau le front des hommes qui gémissent et qui souffrent », et de même l’Apocalypse (7, 3) : « Ne nuisez pas à la terre, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. »
  2. En second lieu, chaque fidèle est député à recevoir ou à donner aux autres ce qui concerne le culte de Dieu ; et c’est là le rôle propre du caractère sacramentel.

Or, tout le rite de la religion chrétienne découle du sacerdoce du Christ. C’est pourquoi il est évident que le caractère sacramentel est spécialement caractère du Christ, au sacerdoce de qui les fidèles sont configurés selon les caractères sacramentels ; et ceux-ci ne sont pas autre chose que des sortes de participations du sacerdoce du Christ, qui découlent du Christ même.

 Objections et réponses

1. Il ne semble pas que le caractère sacramentel soit l’empreinte du Christ. On lit en effet dans l’épître aux Éphésiens (4, 30) : « Ne contrastez pas le Saint-Esprit de Dieu dans lequel vous avez été marqués d’un signe. » Mais l’impression d’un signe est impliquée dans le mot de caractère. Il faut donc attribuer le caractère sacramentel au Saint-Esprit plutôt qu’au Christ.

  • L’Apôtre parle ici de cette configuration par laquelle on est député à la gloire future. Cette configuration est l’oeuvre de la grâce, et elle est attribuée au Saint-Esprit, car le Saint-Esprit est amour, et c’est par amour que Dieu nous fait ces dons gratuits, ce qui ressortit à la raison de grâce. Aussi S. Paul écrit-il (1 Co 12, 4) : « Les grâces sont diverses, mais l’Esprit est le même. »

2. Le caractère a raison de signe. Il est signe de la grâce que confère le sacrement. Mais la grâce est infusée dans l’âme par la Trinité tout entière ; d’où la parole du Psaume (84, 12) : « La grâce et la gloire, c’est le Seigneur qui les donne. » Il ne semble donc pas que le caractère sacramentel doive être attribué spécialement au Christ.

  • Le caractère sacramentel est réalisé par rapport au signe extérieur et il est signe par rapport à l’effet ultime. On peut donc attribuer quelque chose au caractère de deux façons. Ou bien sous la raison de signe ; en ce sens il est le signe de la grâce invisible que confère le sacrement. Ou bien sous sa raison propre de caractère ; en ce sens, il est un signe configurant au chef qui possède l’autorité souveraine sur la tâche à laquelle on est député ; par exemple, les soldats qui sont députés au combat sont marqués de la marque du chef, et lui sont ainsi comme configurés. De même, ceux qui sont députés au culte chrétien dont le souverain est le Christ, reçoivent un caractère qui les configure au Christ ; il est donc bien proprement caractère du Christ.

3. Si quelqu’un reçoit un caractère, c’est pour être distingué des autres. Mais c’est la charité qui distingue les saints d’avec les autres hommes, car selon S. Augustin « elle seule distingue entre les fils du royaume et les fils de perdition » ; c’est aussi pourquoi l’on dit que les fils de perdition portent le caractère de la bête, comme il est écrit dans l’Apocalypse (13, 16). Or la charité n’est pas appropriée au Christ, mais plutôt au Saint-Esprit, selon l’épître aux Romains (5, 5) : « La charité de Dieu a été répandue dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné », - ou même au Père selon la 2ème épître aux Corinthiens (13, 13) : « La grâce de notre Seigneur Jésus Christ et la charité de Dieu... » Donc, semble-t-il, le caractère sacramentel ne doit pas être attribué au Christ.

  • Le caractère établit une distinction par rapport à une fin à laquelle est ordonné celui qui reçoit ce caractère, nous l’avons dit ; c’est en vue du combat que le caractère militaire distingue le soldat du roi d’avec le soldat ennemi. De même, le caractère des fidèles est ce qui distingue les fidèles du Christ d’avec les esclaves du démon, soit en vue de la vie éternelle, soit en vue du culte de l’Église présente ; le premier rôle est rempli par la charité et la grâce - c’est ce que démontre l’objection - le second, par le caractère sacramentel. Si bien qu’à l’opposé, on peut entendre par « caractère de la bête » ou bien une malice obstinée qui députe à la peine éternelle, ou bien la profession d’un culte illicite.

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