David Armstrong par lui-même

mercredi 30 avril 2014, par Denis Cerba

En bref : « Autoportrait philosophique » de D. M. Armstrong (1926-2014), paru en 2005 dans la seconde édition du « Penguin Dictionary of Philosophy ». Traduction française : Denis Cerba, op.

Il fut crucial pour ma formation intellectuelle d’avoir été l’étudiant de John Anderson à l’Université de Sydney à la fin des années 40. Bien que ma propre pensée ait fini par diverger de celle d’Anderson sur de nombreux points, j’ai toujours partagé sa conviction (qui, dans ces années-là, était loin d’être à la mode), selon laquelle un philosophe doit élaborer une position de type systématique. J’ai également accepté le naturalisme d’Anderson, selon lequel la réalité est constituée du seul système spatio-temporel, nous autres êtres humains n’ayant dans ce système aucune place privilégiée. J’en suis venu également à accepter sa théorie pluraliste de la société, ainsi que sa critique de toute idéologie de type totalitaire, en particulier du communisme, un mouvement dont Anderson s’était auparavant considéré comme l’allié.

Initialement, mon travail a porté sur la théorie de la perception. Dans Perception and the Physical World (1961), je soutiens que la perception n’est rien de plus que l’acquisition de croyances ou d’informations infra-verbales portant sur l’environnement et l’état corporel du sujet percevant. J’ai ensuite abordé la question plus générale du « mind-body problem » (le problème esprit-corps). Dans A Materialist Theory of the Mind (1968), j’ai soutenu que le mental devait être défini en termes purement causaux, mais être ensuite identifié à des états et processus purement physiques du cerveau. Dans mon livre suivant (Belief, Truth and Knowledge, 1973), m’inspirant des idées de F. P. Ramsey, j’ai identifié les croyances à des cartes mentales par lesquelles nous nous dirigeons, et la connaissance au fait pour ces cartes d’être empiriquement fiables.

En 1978, j’ai publié un travail en deux volumes consacré à la théorie des universaux (Universals and Scientific Realism). Acceptant, à la suite d’Anderson, l’existence objective, indépendante de l’esprit, des qualités et des relations, j’ai soutenu qu’il revenait à la science (une fois parvenue à sa complétion), et non aux philosophes, de nous dire exactement quelles propriétés et quelles relations le monde contient. Comme Anderson, je tenais que quand nous parlons des mêmes propriétés ou relations, cela doit s’entendre en un sens strict, comme indiquant que des particuliers différents peuvent avoir exactement la même propriété ou être reliés par exactement la même relation. Dans le jargon des philosophes, cela voulait dire que je soutenais l’existence des universaux, une position relativement inhabituelle chez un empiriste.

Ce travail fut suivi en 1983 par un travail sur la nature des lois de la nature (What is a Law of Nature ?). Avec quelques autres, j’ai soutenu, contre la position généralement admise selon laquelle les lois de la nature se réduisent à de pures régularités dans le comportement des choses, que ces lois sont des connexions entre universaux, qui expliquent les régularités en question. J’ai ensuite élaboré une théorie de la possibilité (A Combinatorial Theory of Poosibility, 1989). J’ai considéré les possibilités comme des recombinaisons (fictionnelles) d’entités actuellement existantes. A suivi, en 1997, la tentative d’esquisser une métaphysique (ou une ontologie), dans A World of States of Affairs. J’ai soutenu que le monde est un monde d’états de choses (les « faits » de Russell et Wittgenstein).

La notion de vérifacteur (Truthmaker), c’est-à-dire cet élément du réel en vertu de quoi les vérités sont vraies, me semble importante depuis à peu près 1958. Dans Truth and Truthmakers (2004), j’ai tenté de développer quelque peu la théorie des vérifacteurs, et d’appliquer de façon systématique ce concept à ma propre ontologie.

David Armstrong

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