« Créer », est-ce aussi « continuer » ?

mardi 29 avril 2014, par Denis Cerba

En bref : Pour le théisme, l’acte de création par Dieu ne concerne pas seulement le commencement des choses, mais tout autant leur continuation et maintien dans l’existence.

Nous avons vu que pour le théiste, « créer » signifie fondamentalement faire exister (soit directement, soit plus ou moins indirectement). Il y a néanmoins une ambiguïté qui demeure dans cette définition : est-ce que l’acte de création ne concerne que le commencement de l’existence d’une chose, ou bien concerne-t-il aussi la totalité de l’existence de cette chose à travers le temps ? Autrement dit : « créer », est-ce seulement « amener à l’existence », ou bien est-ce aussi « conserver dans l’existence » ?

Nous rappelons que dans le cadre de la question portant sur la cohérence du théisme, nous ne prétendons pas pour le moment régler la question de savoir si Dieu est effectivement le « continuateur de toutes choses » : la question qui nous occupe présentement est simplement de savoir si c’est ainsi que le théisme comprend la doctrine de Dieu comme « créateur ». Or cette question admet une réponse très claire : traditionnellement, pour le théisme, Dieu n’est pas seulement le « créateur » de toutes choses (au sens où il ferait simplement advenir à l’existence toutes choses), mais il est aussi le « continuateur » de toutes choses (au sens où c’est lui qui, directement ou indirectement, maintient dans l’existence toute chose qu’il a fait advenir à l’existence).

Donc, « créer » (faire exister) ne signifie pas seulement créer au sens étroit (c’est-à-dire : faire advenir à l’existence), mais aussi créer en un sens plus large (maintenir dans l’existence). Une autre façon de dire la même chose : la création d’une chose par Dieu ne concerne pas seulement son commencement (Dieu ne se contente pas de faire commencer toute chose), mais toute son existence (Dieu fait exister toute chose).

Swinburne insiste qu’il s’agit là de la compréhension théiste traditionnelle de la notion de création. En témoigne par exemple le débat important qui eut lieu au moyen âge sur la question de savoir si le monde a eu un commencement, ou s’il est éternel. Dans les deux cas, il demeurait évident pour tout le monde que le monde avait un créateur (Dieu). Par exemple, Thomas d’Aquin pensait qu’on ne pouvait prouver rationnellement que le monde avait eu un commencement (qu’il n’était pas éternel), mais qu’en revanche on pouvait prouver qu’il était créé : même un monde sans commencement peut être créé. Cela montre bien que la notion de création ne se limite nullement à celle de « création du commencement ».

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