Comment les sacrements causent-ils la grâce {ex opere operato} ?

vendredi 1er août 2014, par theopedie

En bref : Le sacrement est une icône vivante de la grâce (un signe efficace), c’est-à-dire instrument qui, dans la main de Dieu, cause la grâce en tant qu’il est une icône institué par le Christ.

Un sacrement en tant qu’icône vivante de la grâce est à la fois une image et instrument : en tant qu’image, le sacrement signifie la grâce ; en tant qu’instrument, le sacrement transmet la grâce que Dieu crée. Ce sont donc ses deux notions qu’il nous faut investiguer.

Parallélisme entre image et instrument

Une icône fonctionne en vertu de la structure suivante : (1) le signifié, à savoir la grâce, (2) confère sa valeur (3) au signe iconique et cette icône (4) en se présentant comme ayant une valeur objective (5) devant une puissance de connaître (l’esprit humain) exerce (6) sa signification, c’est à dire rend présent à cette puissance (7) le signifié de manière intentionnelle.

Un instrument fonctionne selon un même parallélisme : (1) L’agent principal (2) met en branle (3) l’instrument, (4) lequel agit selon sa nature propre (5) sur une réalité matérielle et, ce faisant, (6) réalise l’action instrumentale, c’est à dire imprime dans cette matière (7 la structure voulue par l’agent principale.
Ce parallélisme n’est pas toutefois aussi parfait qu’il le laisse entendre et l’on ne saurait faire d’une icône un catégorie particulière d’instrument. En effet, un instrument quine cause rien n’est pas un instrument. Or, une icône, même si elle a une valeur performative, ne met rien en branle de soi-même et n’agit pas de soi : elle se borne à représenter un signifié (il se trouve seulement que, dans le cas d’un signe performatif, ce signifié est une action à réaliser). Mais ce n’est pas en tant qu’objet qu’il représente cette action, c’est en tant que l’esprit humain se saisit de l’icône pour y interpréter un signifié à accomplir. Lorsqu’on attribue une causalité instrumental au signe, c’est confondre ce qui est de l’ordre de l’intelligible (le signe) avec ce qui est de l’ordre du matériel (l’instrument).

Un symbolisme institué comme instrument causal

Dans l’ordre naturel, l’instrument limite l’action de l’agent principal : en utilisant tel ou tel instrument, l’agent utilise telle ou telle structure instrumentale et n’a pas de prise dessus. Il la reçoit comme de l’extérieur et la subit d’une certaine manière. Mais si l’être principal est Dieu, tout change : la structure et l’existence d’une chose ne lui est pas donné, c’est lui qui la donne. Dieu n’agit pas de l’extérieur sur telle ou telle chose : le rapport qu’il a avec tout objet créé est un rapport de Créateur à créature, et la création plonge au plus intime de toute chose.
Dieu peut donc employer un instrument pour n’importe quelle œuvre : il aurait pu remettre les péchés avec du pain, fortifier l’âme avec de l’eau, absoudre avec de l’huile, etc. Toutefois, sa puissance provient de sa sagesse : les instruments choisis par Dieu répondent donc à une certaine convenance et une certaine pédagogie d’où elles tirent leur efficacité et leur force. C’est pourquoi Dieu, accordant sa grâce à des créatures intelligentes dont le mode de connaissance procède du concret à l’abstrait, a choisi des sacrements, c’est-à-dire des objets sensibles pour faire connaître le don de sa grâce. Plus précisément, sa puissance s’est laissée déterminer par le chemin de l’incarnation. S’il a choisi tel signe et non pas tel autre, c’est parce que Jésus a institué tel signe et non pas telle autre. Et de la même manière, s’il a choisi telle signe et non pas telle autre, ce n’est pas pour lui faire produire n’importe quel effet, mais l’effet signifié par le signe choisi, à savoir la grâce sacramentelle.

Conclusion

La tradition a résumé dans ces deux formules cette conception de la causalité sacramentel : efficiunt quod figurant et significando causant. Ces deux formules demandent à être correctement interprétées. Si, dans le sacrement, icône et cause sont unies, ce n’est pas de manière structurelle. Ce n’est pas parce qu’un sacrement est une icône qu’il cause la grâce (beaucoup d’icônes ne produisent pas la grâce), mais c’est parce que, reprenant à son compte l’institution et la puissance d’excellence de Jésus, Dieu a uni dans le sacrement une objectivité symbolique à une force spirituelle.

Ce que les sacrements représentent, c’est ce qu’ils causent aussi. Une fois le sacrement validement constitué, en vertu de son institution par le Christ, il opère ex opere operato.

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