Comment Jésus a-t-il été tenté par le diable ?

vendredi 7 juin 2013, par theopedie

D’après les évangiles, aussitôt après son ablution par Jean, Jésus fut poussé par l’Esprit Saint à aller dans le désert pour y être mis à l’épreuve (Marc 1:12). Le désert de Judée est une steppe, en grande partie inhabitable, chaude comme une fournaise pendant la journée, emplie de bêtes sauvages et de scorpions et sans grande possibilité de nourriture. Pour les juifs, ce lieu inhospitalier était la demeure de Satan. Jésus y passa 40 jours de solitude, de prière et de jeûne afin d’être éprouvé par le diable et de le combattre. Les évangiles de Luc et de Matthieu rapportent les trois grands types de tentations qu’il eut à subir. On imagine aisément à quel point le psychisme de Jésus, poussé à bout par une longue veille et un jeûne prolongé, permit de révéler le caractère inquiétant et surnaturel de ces tentations, alors même qu’elles nous paraîtraient normales dans la vie quotidienne.

 Première tentation

Jésus combat le diable
L’évangile selon Matthieu (Pasolini)
theopedie

Ensuite l’Âme divine (lEsprit Saint) conduisit Jésus dans le désert pour qu’il y soit tenté par le diable. Après avoir passé quarante jours et quarante nuits sans manger, Jésus eut faim. Le diable, le tentateur, s’approcha et lui dit : « Si c’est toi le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pains. » Jésus répondit : « L’Écriture déclare : “L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce.” »

Mt 4, 1-4

La première tentation montre comment nos besoins peuvent être manipulés pour nous détourner de Dieu. Le diable parle ici de la faim, mais plus largement, cette tentation s’entend de toutes formes de pulsions : appétit de nourriture, appétit sexuel, soif de divertissements, etc. Quand bien même nos besoins et nos pulsions sont (souvent) légitimes, ils ne sauraient servir à mesurer l’utilité de Dieu.

Jésus répond en disant que le véritable bonheur de l’homme, ce n’est pas la satisfaction de ses besoins matériels, mais c’est la satisfaction de ses désirs spirituels. Pour Jésus, Dieu est le sens de la vie humaine, l’idéal pour lequel il a été créé. Tendre vers cet idéal de perfection et le contempler, « écouter et comprendre la parole de Dieu », voilà ce qui rend l’homme vraiment heureux. Telle est la véritable nourriture de l’esprit humain pour Jésus.

 Deuxième tentation

Le saut de la foi
Extrait du film Matrix. Telle est précisément
la forme d’épreuve que refuse Jésus.
espagna922, WBeMXsfL3f8

Alors le diable l’emmena jusqu’à Jérusalem, la ville sainte, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si c’est toi le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car l’Écriture déclare : “Dieu donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre.” » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare aussi : “Ne mets pas à l’épreuve Dieu ton créateur.” »

Mt 4, 5-7

Cette deuxième tentation est une soif de spectaculaire et de magie qui prend sa source dans un certain fantasme et une certaine peur de l’homme : fantasme d’être invulnérable et au-dessus de toutes les formes de fragilité et de dangers, peur de n’être pas aimé de Dieu dans les épreuves, de la souffrance et de l’échec. Pour le diable, face aux dangers de la vie, le Saint de Dieu serait comme un super héros doté de pouvoirs et de magie. D’où cette tentation du diable : instrumentaliser la promesse de Dieu pour réclamer des pouvoirs.

Jésus répond en disant que, se mettre artificiellement en danger, c’est mettre à l’épreuve Dieu : c’est une manière de ne pas avoir confiance en Dieu. Selon lui, les pouvoirs que Dieu donne ne doivent jamais être utilisés de manière gratuite, pour satisfaire sa curiosité, ses fantasme et ses peurs. Ce serait une caricature de la providence et de la religion. A demi-mot, Jésus en refusant cette tentation accepte la fragilité et les dangers. De fait, quand Jésus fut plus tard crucifié, les passants se moquaient de Jésus en lui disant de descendre de sa croix et de réclamer l’aide de Dieu. C’était à nouveau la même tentation. Mais Jésus n’a jamais voulu être un super héros venu abolir la souffrance et la mort : il voulait simplement leur donner un sens, celui du sacrifice et du don de soi.

 Troisième tentation

Jésus combat Satan
Extrait de The Bible Serie (Version muette)
(Les effets sonores ne valent pas les effets visuels)
theopedie

Le diable l’emmena encore sur une très haute montagne, lui fit voir tous les royaumes du monde et leur splendeur, et lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te mets à genoux devant moi pour m’adorer. » Alors Jésus lui dit : « Va-t’en, Satan ! Car l’Écriture déclare : “Tu adoreras Dieu ton créateur et tu ne rendras de culte qu’à lui seul.” »Cette fois le diable le laissa. Des anges vinrent alors auprès de Jésus et se mirent à le servir.

Mt 4, 8-11

Cette dernière tentation, pourrait-on se dire, est moins subtile que les autres : comme si le diable commençait à être à bout de ressources et n’arrivait plus à cacher ses ficelles. Toutefois, ce qui obsédait l’imagination d’un Jésus épuisé par le jeûne lors de cette dernière tentation, ce n’était pas probablement seulement l’or, l’argent et le pouvoir. C’étaient aussi aussi toutes les plus belles réussites de l’homme et que Jésus connaissait : la paix romaine et le progrès social, la science et la sagesse, la civilisation et l’art, etc.

Pour Jésus, ce qu’il faut poursuivre ce n’est pas la gloire du monde - c’est la religion du diable - mais la gloire de Dieu. Les réussites des civilisations sont de grandes choses, mais il peut être très facile de pervertir même le plus bel humanisme. Une seule chose ne peut garantir à ces réussites d’être à leur juste place, c’est quand l’esprit de l’homme est lui-même à sa juste place : contemplant avec humilité le mystère de sa propre création, Dieu.

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Les tentations du diable
Mosaïque du XII (basilique saint Marc)

Au moment de commencer son activité prophétique, Jésus a ainsi dû repousser les fausses images du Sauveur que le diable lui proposait : le Sauveur n’est ni un homme venu satisfaire tous nos besoins, ni un super héros doté de pouvoirs extra-ordinaires, ni un génie régnant glorieusement sur les hommes. Ces tentations sont de fausses conceptions du sens de notre vie et de notre bonheur. Pour le diable, il s’agit à chaque fois d’accorder trop d’importance à des biens périssables et secondaires. Jésus refuse ces tentations pour remettre à chaque fois Dieu à la place d’honneur, montrant par là que le mystère de Dieu seul est le véritable sens de la vie humaine et la source de son bonheur. Ayant vaincu le diable, Jésus se voit accompagné par les forces du bien angéliques. Elles l’accompagnèrent tout au long de son activité prophétique, l’aidant à chasser les démons, à faire des guérisons et des miracles, sans qu’il n’y ait jamais ambiguïté sur la véritable finalité poursuivie par Jésus : être solidaire de Dieu et des hommes dans le bien.

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