Combien y a-t-il de sacrements ?

mercredi 9 juillet 2014, par theopedie

En bref : S’il a pu varier au cours de l’histoire, le nombre de sacrements s’est fixé à 7 : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’onction des malades, le mariage et l’ordination.

Jusqu’au Moyen-Âge, la notion de sacrement était prise dans une acceptation large : le lavement des pieds, à la suite de saint Augustin, était par exemple considéré comme un sacrement. Bernard de Clairvaux affirme que les sacrements sont tellement nombreux qu’une heure ne suffit pas pour les citer. Hugues de saint Victor reconnaît le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie (« sacrements du salut »), ainsi que l’eau bénite, l’imposition des cendres, la bénédiction des rameaux et des cierges (« sacrements de l’exercice »). Pierre Lombard parle déjà des 7 sacrements. C’est le concile de Trente qui a fixé de manière définitive ce nombre.

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Retable des sept sacrements
Au centre, la communion eucharistique
(Attribué à Weyden)

La tradition s’est plue à voir dans le chiffre 7 un symbole de perfection, signe que l’édifice du septuagénaire sacramentel avait atteint avec ce nombre son achèvement. Le nombre 7 revient en effet constamment dans la Bible comme un chiffre sacré (d’où la semaine de 7 jour). On lui donne alors la signification suivante : de même que 7 est l’union entre 3 (la trinité) et 4 (la création),un sacrement est l’union entre la grâce (la res tantum) et le rite (le sacramentum tantum).

 Analogie entre la vie biologique et spirituelle

Malgré toutes les différences dont il faut tenir compte dans ce rapprochement, il y a cependant, entre la vie du corps et la vie de l’âme, une ressemblance indéniable ou au moins un certain parallélisme qui permet de comprendre et de justifier la convenance du septuagénaire sacramentel, comme saint Thomas d’Aquin l’a bien vu (III 65.1).

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Retable des sept sacrements
Le baptême, la confirmation, la pénitence
(Attribué à Weyden)
  • D’une façon essentielle et directe, la vie corporelle atteint son achèvement selon trois modes.
    • Par la génération qui inaugure l’existence et la vie de l’homme ; ce qui en tient lieu dans sa vie spirituelle, c’est le baptême, régénération spirituelle, selon l’épître à Tite (3, 5) : « Par le bain de régénération... »
    • Par la croissance qui fait atteindre à l’homme sa taille et sa force parfaites ; ce qui en tient lieu dans la vie spirituelle, c’est la confirmation où l’on reçoit le Saint-Esprit pour être fortifié. D’où cette parole aux disciples, une fois baptisés : « Demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en-haut » (Luc 24, 49).
    • Par la nutrition, qui conserve dans l’homme la vie et la force ; ce qui en tient lieu dans la vie spirituelle, c’est l’eucharistie. Comme dit Notre Seigneur en S. Jean (6, 54) : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. »
  • Et ce serait suffisant si l’homme avait, au corporel et au spirituel, une vie qui ne souffre aucune atteinte. Mais, comme il est sujet à l’infirmité corporelle et à l’infirmité spirituelle, qui est le péché, il lui faut un traitement contre cette infirmité. Celui-ci est double :
    • il y a cette guérison qui rend la santé, et ce qui en tient lieu dans la vie spirituelle, c’est la pénitence, selon la parole du Psaume (41, 5) : « Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi » ;
    • et il y a ce rétablissement de la vigueur première qu’on obtient par un régime et un exercice appropriés ; ce qui en tient lieu dans la vie spirituelle, c’est l’extrême-onction qui enlève les séquelles du péché et rend l’homme prêt pour la gloire finale. Aussi, selon l’épître de S. Jacques (5, 15) -.« Et s’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. »
  • Relativement à toute la communauté, l’homme est perfectionné de deux façons.
    • D’abord, du fait qu’il reçoit le pouvoir de gouverner la multitude et d’exercer des fonctions publiques. Ce qui correspond à cela dans la vie spirituelle, c’est le sacrement de l’ordre, puisque, d’après l’épître aux Hébreux (7, 27), les prêtres n’offrent pas des victimes pour eux seulement, mais aussi pour le peuple.
    • Ensuite, à l’égard de la propagation de l’espèce, l’homme est perfectionné par le mariage tant dans la vie corporelle que dans la vie spirituelle, du fait que ce n’est pas là seulement un sacrement, mais d’abord un office naturel.

 Le septuagénaire dans la vie morale

Saint Thomas d’Aquin continue son article en résumant la convenance morale des sacrements que d’autres théologiens ont pu développer.

Les sacrements comme remèdes du péché

C’est encore ainsi que se justifie le nombre des sacrements, selon qu’ils sont dirigés contre le défaut du péché ;

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Retable des sept sacrements
L’eucharistie (notons toutefois une erreur théologique : Marie effondré au pied de la croix, contrevenant ainsi à la tradition du Stabat Mater)
Tableau attribué à Weyden
  • le baptême est dirigé contre le manque de vie spirituelle ;
  • la confirmation contre la faiblesse de l’âme qui se trouve chez les nouveau-nés ;
  • l’eucharistie contre la fragilité de l’âme en face du péché ;
  • la pénitence contre le péché actuel commis après le baptême ;
  • l’extrême-onction contre les séquelles du péché qui n’ont pas été suffisamment enlevées par la pénitence, du fait de la négligence ou de l’ignorance ;
  • l’ordre contre la désorganisation de la multitude ;
  • le mariage est un remède à la fois contre la convoitise personnelle et contre la diminution de la multitude causée par la mort.

Les sacrements et les vertus

Enfin, certains justifient le nombre des sacrements en les adaptants aux vertus, et aux défauts produits par les péchés et leurs châtiments. Selon ces théologiens,

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Retable des sept sacrements
L’ordre, le mariage, l’onction des malades
(Attribué à Weyden)
  • à la foi correspond le baptême, dirigé contre la faute originelle ;
  • à l’espérance, l’extrême-onction dirigée contre la faute vénielle ;
  • à la charité, l’eucharistie dirigée contre la blessure de malice ;
  • à la prudence, l’ordre dirigé contre la blessure d’ignorance ;
  • à la justice, la pénitence dirigée contre le péché mortel ;
  • à la tempérance, le mariage dirigé contre la convoitise ;
  • à la force, la confirmation dirigée contre la blessure de faiblesse.

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