Combien y a-t-il de circonstances morales ?

jeudi 10 septembre 2015, par theopedie

En bref : Selon Aristote, il y a en a 7.

Cicéron énumère sept circonstances qu’il énonce dans un vers latin : « Qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand. » Dans une activité, en effet, il faut considérer qui l’a fait, par quels moyens ou instruments il l’a fait, ce qu’il a fait, où, pourquoi, comment, quand il l’a fait. Mais Aristote en ajoute une autre : « au sujet de quoi », que Cicéron avait comprise dans le « quoi ».

Voici comment on peut justifier cette énumération. On donne le nom de circonstance à ce qui, étant extrinsèque à l’activité en tant que telle, l’atteint cependant en quelque manière. Or ceci peut avoir lieu de trois façons : ou c’est l’activité elle-même qui est atteinte, ou c’est sa cause, ou c’est son effet. Si c’est l’activité, la circonstance peut être spatiotemporelle, et on a le « quand » et le « où ». Ou bien alors, elle peut être qualifiante, et on a la « manière d’agir ». Si c’est l’effet, on a le « quoi », et cela renseigne sur ce que quelqu’un a fait. Si c’est le principe de l’activité, on a le « pourquoi » pour connaître le principe d’optimisation, on a le « au sujet de quoi » pour connaître le principe matériel ou l’objet, enfin, pour connaître le principe causal, on a le « qui » (l’agent), et le « par quels moyens » (ses instruments).

Objections et solutions :

1. Il semble que leur énumération au livre III de l’Éthique d’Aristote soit inadaptée. En effet, on appelle circonstance d’une activité ce qui lui est extrinsèque. Tels sont le temps et le lieu. Il n’y a donc que ces deux circonstances-là.

• Temps et lieu délimitent l’activité et lui donnent sa mesure ; les autres circonstances l’enveloppent en l’affectant de quelque autre manière, tout en demeurant extrinsèque à sa réalité en tant que telle.

2. C’est en raison des circonstances qu’on juge qu’une réalité se passe bien ou mal ; mais cela renseigne sur la manière d’agir ; toutes les circonstances se ramènent en conséquence à une seule qui est la manière d’agir.

• La modalité morale de bien et de mal n’est pas une circonstance, mais découle de toutes les circonstances. Elle diffère de la manière, qui est relative à la qualité de l’activité, et qui est une circonstance particulière ; ainsi le fait de marcher vite ou lentement, de frapper fort ou doucement, etc.

3. Les circonstances ne font pas partie de l’activité en tant que telle ; or les principes d’une activité paraissent bien se rapporter à ce qu’elle est en tant que telle. Il faut donc exclure de l’énumération des circonstances « qui », « pourquoi », « au sujet de quoi », car « qui » ressort au principe causal ; « pourquoi » au principe d’optimisation , « au sujet de quoi » au principe matériel.

• Ce qu’on appelle circonstance n’est pas une particularité d’un principe dont dépend l’activité en tant que telle, mais est une particularité connexe. Ainsi, en ce qui concerne l’objet, le fait qu’il s’agit d’un bien d’autrui n’est pas une simple circonstance d’un vol, cela appartient à son essence même ; mais que ce qui a été volé soit grand ou petit, c’est une particularité annexe. C’est donc une circonstance. Il en va pareillement des circonstances qui concernent les autres principes. L’idéal qui fonde l’activité n’est pas une circonstance, mais un idéal connexe l’est : si, par exemple, celui qui est courageux agit avec courage en raison de cette perfection propre qu’est le courage, ce n’est pas une circonstance, mais c’est une circonstance s’il agit avec courage pour la libération de la cité ou de la nation chrétienne, ou pour un autre motif de ce genre. De même pour le « quoi » : verser de l’eau sur quelqu’un pour le laver, ce n’est pas une circonstance de l’ablution ; mais qu’en le lavant on le refroidisse ou on le réchauffe, on le guérisse ou on lui nuise, voilà des circonstances.

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