Certaines perfections terrestres sont-elles requis pour le bonheur ?

vendredi 21 août 2015, par theopedie

En bref : On lit dans le Psaume « Pour moi, j’ai demandé une chose, la seule que je cherche, habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie et m’attacher à son temple », comme s’il disait : « être uni à Dieu, voilà ma perfection. » Donc aucun autre bien que Dieu n’est requis pour le bonheur.

Pour le bonheur partiel, telle qu’on peut le posséder sur terre, les perfections terrestres sont requises, non comme faisant partie de la nature du bonheur, mais comme des instruments au service de ce bonheur, « qui consiste dans l’activité de la vertu », selon Aristote. En effet, l’homme, en cette vie, a besoin de ce qui est nécessaire au corps, tant pour l’activité de la vertu contemplative que pour celle de la vertu active, laquelle, d’ailleurs, requiert encore plusieurs autres conditions pour accomplir ses œuvres.

Pour le bonheur dans sa plénitude, au contraire, celui qui consiste en la vision de Dieu, de telles perfections ne sont nullement requises. La raison en est que tous ces perfections ne sont requises que pour entretenir la vie animale ; ou pour certaines activités qui caractérisent la vie humaine mais qui s’exercent par le moyen du corps. Or le bonheur dans sa plénitude, qui consiste dans la vision de Dieu, est le fait ou bien d’un psychisme sans chair, ou bien d’un psychisme uni à une chair non plus animale, mais spirituelle. C’est pourquoi les perfections terrestres, qui sont ordonnées à la vie animale, ne sont en aucune façon requises pour ce bonheur. Et puisque, en cette vie, le bonheur qui procède de la contemplation a plus de ressemblance avec notre véritable bonheur que le bonheur qui procède de notre action, car il est ainsi plus semblable au bonheur de Dieu lui-même, comme le fait comprendre tout ce que nous avons dit ; pour cette raison aussi, la vie contemplative a moins besoin de cette sorte de perfections, selon Aristote.

Objections et solutions :

1. Ce qui est promis en récompense aux élus appartient au bonheur. Or on promet aux saints des perfections terrestres, comme la nourriture et la boisson, la richesse et la royauté. Car on lit en st. Luc (22, 30) : « Vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume... ». En st. Matthieu (6, 20) : « Amassez-vous des trésors dans le ciel », et encore (25, 34) : « Venez les bénis de mon Père, prenez possession du royaume... »

• Toutes les promesses de perfections corporelles qu’on trouve dans les Saintes écritures doivent être entendues d’une manière métaphorique, l’écriture ayant coutume de nous représenter les choses spirituelles sous l’image des corporelles, afin que, dit st. Grégoire, « au moyen de ce qui nous est connu, nous nous élevions au désir de ce qui nous est inconnu ». Ainsi, par la nourriture et la boisson, il faut entendre la jouissance qui accompagne le bonheur ; par les richesses, la surabondance où vit l’homme à qui Dieu suffit ; par la royauté, l’exaltation de l’homme jusqu’au commerce de la Divinité.

2. Selon Boèce, le bonheur est « un état de plénitude qui intègre toutes les perfections ». Or les réalités terrestres comptent parmi les perfections de l’homme, quand bien même elles en seraient les moindres, observe st. Augustin.

• Ces perfections, qui servent à la vie animale, ne conviennent plus à la vie spirituelle, en laquelle consiste le bonheur dans sa plénitude. Et toutefois, dans cette même bonheur, toutes les perfections se trouvent intégrées ; car ce qui se trouve de bon en elles sera possédé dans la source suprême de toutes les perfections.

3. Notre Roi dit en st. Matthieu (5, 12) « Votre récompense est grande dans les cieux. » Mais être dans les cieux signifie être dans un lieu. Donc, pour le moins, un lieu extérieur est requis au bonheur.

• Quant au lieu du bonheur selon st. Augustin, « la récompense des saints n’est pas dite située dans les cieux corporels, mais, par « les cieux », il faut entendre l’élévation des perfections spirituelles ». Toutefois, il y aura bien un espace-temps qui sera le séjour des bienheureux, à savoir le paradis, non que ce lieu soit nécessaire au bonheur, mais par un simple rapport de convenance et de beauté.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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