Certaines actions humaines sont-elles requises pour que l’homme obtienne de Dieu le bonheur ?

samedi 29 août 2015, par theopedie

En bref : On lit en st. Jean (13, 17) « Sachant cela, bienheureux serez-vous si vous le faites. » C’est donc grâce à certaines actions que nous parvenons au bonheur.

Nous avons dit déjà que la droiture de la liberté est requise au bonheur, puisqu’elle n’est pas autre chose que la juste disposition de la liberté dirigée vers l’idéal suprême, disposition qui est autant nécessaire à cet idéal que la bonne disposition de la matière recevant une structure. A vrai dire, il n’est pas prouvé par là qu’une certaine activité de l’homme doive précéder son bonheur ; car Dieu pourrait créer une liberté instantanément orientée vers ce idéal et entrant par là-même en possession de cet idéal, comme il dispose parfois la matière en même temps qu’il en fait émerger une structure. Mais l’ordre de la sagesse divine exige qu’il n’en soit pas ainsi. En effet, dit Aristote « parmi les êtres qui sont aptes à posséder la perfection en plénitude, l’un le possède sans aucun changement, d’autres au moyen de plusieurs ». Or posséder la perfection en plénitude sans aucun changement appartient à celui-là seul qui le possède par nature. Et posséder le bonheur par nature est le fait de Dieu seul. A lui seul donc il appartient de ne pas y parvenir par une activité préalable. Mais puisque le bonheur transcende la nature créée, une simple créature ne peut obtenir le bonheur sans subir le changement que cette activité par laquelle elle y parvient lui fait subir. L’ange, étant par nature supérieur à l’homme, a obtenu la perfection suprême, selon l’ordre de la sagesse divine, par une seule activité épanouissante et un seul changement, comme on l’a exposé dans la première partie. Quant aux hommes, ils l’obtiennent par de multiples mouvements d’activité qui sont autant d’épanouissements. Aussi, aux yeux d’Aristote lui-même « le bonheur est la récompense des activités valeureuses ».

Objections et solutions :

1. Dieu, étant un agent d’une puissance absolue, n’a pas besoin, pour son action, d’une matière préalable ou de disposer cette matière, car il peut tout produire instantanément. Or, puisque les oeuvres de l’homme ne sont pas la cause directe de son bonheur, comme nous venons de le montrer, elles ne peuvent être que des causes adjuvantes, en créant l’environnement favorable pour atteindre le bonheur. Donc Dieu, qui n’a pas besoin de dispositions préalables pour agir, confère le bonheur sans oeuvres préalables.

• Si l’action de l’homme est exigée préalablement à l’acquisition du bonheur, ce n’est pas parce que la puissance divine qui donne le bonheur serait insuffisante, c’est pour des raisons pédagogiques, afin que l’ordre des choses soit observé.

2. Dieu produit immédiatement le bonheur, de même qu’il créé immédiatement les âmes. Il semble donc que Dieu confère à l’homme le bonheur sans aucune activité préalable.

• Le don de l’âme se fait certes directement, mais la disposition et l’évolution de la chair est requise. Il en va de même pour les premiers individus de chaque espèce. De la même manière, c’est par le Christ, lequel est à la fois Dieu et homme, que le bonheur parvient aux autres hommes. Et ainsi, l’apôtre dit (Heb 2,10) : « Il devait conduire à la gloire un grand nombre de fils. » Et c’est ainsi que, dès sa conception, et sans aucune action méritoire précédente, son âme fut établie dans le bonheur. Mais en ceci, il est unique, puisqu’en effet, c’est le mérite du Christ qui permet à ceux qui viennent d’être baptisés de parvenir au bonheur, car bien qu’ils n’aient aucun mérite personnel, par le baptême, ils sont devenus les membres du Christ.

3. L’Apôtre écrit aux Romains (4, 6) : « Bienheureux l’homme à qui Dieu attribue la justice indépendamment des oeuvres. »

• L’Apôtre évoque le bonheur de l’espérance, qui est communiquée au chrétien par la grâce qui justifie, et qui n’est pas donnée en raison des oeuvres qui précèdent. En effet, elle n’est pas le terme de ce mouvement de justification, lequel est le bonheur, mais elle est plutôt le principe du mouvement par lequel on tend au bonheur.

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