Agir en vue d’un idéal est-il la marque d’un être conscient ?

jeudi 23 juillet 2015, par theopedie

En bref : Oui, car Aristote démontre que « non seulement l’esprit, mais encore la nature agit de manière optimisée ».

Tout agent doit nécessairement agir selon un programme d’optimisation. En effet, quand des principes sont articulés ensembles, si le principe premier disparaît, les autres principes disparaissent avec. Or l’optimum est le premier des principes d’action.

En voici la raison. Les éléments physiques ne deviennent structurés que sous l’influence d’un agent actif, car aucune structure n’émerge toute seule. Et cet agent actif exerce son influence dans un certain sens. Car si son action n’était orientée vers quelque effet, il ne causerait pas plus ceci que cela ; pour qu’il produise un effet déterminé, il est donc nécessaire que son action soit elle-même orientée vers une objectif déterminé, lequel fonctionne à la manière d’un programme d’optimisation. Cette orientation objective se fait chez les êtres conscients par la liberté, appelée désir de la conscience. Mais elle se fait aussi chez les autres êtres en raison d’une tendance naturelle, que l’on appelle instinct animal ou force physique.

Il faut cependant remarquer qu’une action ou un événement peut être optimisé de deux manières : ou bien par une optimisation réflexive, et c’est le cas de la personne humaine, ou bien par une optimisation externe, à la manière d’une flèche qui atteint son but grâce à un archer qui a dirigé son mouvement. Les êtres conscients optimisent leurs actions de manière réflexive et ils jouissent de la souveraineté de leurs actes par une autonomie, qui est appelée faculté de liberté et de conscience. Au contraire, les êtres dénués de conscience sont optimisés par une tendance naturelle, et ils sont optimisés par un autre et non par eux-mêmes, puisque pour eux l’optimalité n’est pas un stimulus dont ils sont conscients. Et ainsi, ils ne pourraient poursuivre aucun optimum s’ils n’y étaient fondamentalement façonnés par leur créateur, à la manière d’un instrument dans les mains d’un artisan, comme nous l’avons établi antérieurement. C’est donc la marque de l’existence consciente que d’être optimisée de manière réflexive, et c’est la marque des êtres dénués de conscience que d’être optimisés par un agent externe, et ceci, que le but de leur action soit perçu (animaux) au non (matière physique).

Objections et réponses :

1. Agir en vue d’un optimum est la marque de la condition consciente. Car la personne, qui fait tout selon une stratégie d’optimisation, n’agit jamais pour une optimisation qu’elle ignore. Mais beaucoup d’êtres ne connaissent pas leur stratégie d’optimisation, soit qu’ils manquent tout à fait de perception, comme la matière physique, soit qu’ils perçoivent leur action, mais non l’optimalité de leur action, comme c’est le cas des animaux. Il semble donc qu’agir selon une stratégie d’optimisation soit réservé à la personne douée de conscience.

• Certes, quand une personne agit d’elle-même de manière optimale, elle est obligatoirement consciente de sa stratégie d’optimisation ; mais quand elle y est poussée ou dirigée par autrui, ce qui est le cas lorsqu’elle agit par ordre ou sous influence, elle ne connaît pas obligatoirement la stratégie d’optimisation qui sous-tend son action. Et c’est ce qui se passe pour les êtres dénués de conscience.

2. Agir de manière optimale, c’est diriger son action en fonction d’un optimum, et cela est œuvre de raison, de telle sorte qu’on ne peut l’attribuer aux êtres dénués de conscience.

• Optimiser soi-même une action est le propre de celui qui agit de manière réflexive. Mais une action peut être optimisée sans avoir été optimisée de manière réflexive. Et c’est le cas des êtres dénués de conscience, sous l’action d’un agent doué d’une conscience réflexive.

3. Notre liberté a pour stimulus un idéal, c’est-à-dire un optimum et une perfection. Or, la liberté émane de la conscience, dit Aristote. Donc agir de manière optimale est le propre de la créature consciente.

• La liberté a pour stimulus un optimum et une perfection universelle. Aussi ne peut-il y avoir de liberté chez les êtres dénués de conscience et d’esprit. Mais il y a en eux une aspiration naturelle à une perfection particulière. Or, on constate que les principes particuliers sont toujours déterminés par un principe plus universel. Ainsi un dirigeant, qui cultive la perfection d’ensemble, oriente par son engagement tous les fonctionnaires de la cité. C’est pourquoi il est nécessaire que tous les êtres dénués de conscience soient guidés de manière optimale par une liberté consciente qui embrasse la perfection de tout l’univers, c’est-à-dire par la liberté de leur Créateur.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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