À l’origine, l’humanité était-elle omnisciente ?

dimanche 29 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Si, l’origine, l’humanité possédait par privilège de sa condition un instinct spirituel parfait, assurant à Adam une connaissance morale et spirituelle qui dépassait en intensité ce que nous connaissons actuellement, l’humanité jouissait-elle aussi à l’origine d’une connaissance extensive plus importante que la nôtre ? Ou, pour le dire autrement, le génie moral d’Adam se doublait-il d’une omniscience ?

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Adam et la science

Sur cette question, les avis des grands théologiens se sont partagés. Voici comment le père Hardon résume la pensée de l’un d’entre eux, saint Thomas :

St. Thomas restricted the limits of Adam’s infused knowledge by setting down two rules : 1) Adam depended on phantasms for his intellectual concepts. Consequently unlike the human soul of Christ, he did not enjoy the beatific vision before the fall ; he could have no intuitive but only an abstractive knowledge of the angels ; and he even did not have intuitive knowledge of his own soul. 2) In the domain of nature, Adam had a perfect infused knowledge only regarding those things which were indispensable to him and his descendants to live in conformity with the laws of reason. This did not mean that he would not have had to learn and inquire, or that he was unable to progress in matters of science and culture. There is no reason to suppose that Adam knew about the Copernican system, or electronics, or nuclear fission. Yet, in its own way, Adam’s knowledge was extensive ; it was specially given him by God ; and, according to St. Thomas, it was infallible - though subject to obscurity.

Pour répondre à cette question, nous proposons de distinguer les domaines de connaissance.

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Adam parlant du bien et du mal
à ses proches
(il s’agit en fait d’hommes néandertaliens)

Dans le domaine moral, le génie et l’intuition d’Adam étaient dans leur genre extraordinaires, et sa découverte du bien et du mal fait de lui de facto un des plus grands génies de l’humanité. Quand bien même Adam n’avait pas une omniscience morale explicite (il ne connaissait probablement pas tout ce qu’il pouvait connaître), on peut lui concéder une omniscience implicite (il connaissait probablement tout ce qu’il voulait connaître).

Dans le domaine religieux, Adam possédait jusqu’à la chute une intuition qui dépassait la nôtre, puisqu’il ne souffrait pas des affres du péché. Il percevait Dieu à travers ses effets et toute chose lui apparaissait baignée de la lumière divine. Toutefois, à lire attentivement le texte, sa connaissance religieuse semble ambiguë : d’un côté Adam a eu l’intuition d’une réalité sacrée source de la loi morale, mais de l’autre, son intuition n’a pas eu le temps de s’approfondir en connaissance explicite. On ne le voit pas invoquer « Celui qui est » (YWHW), privilège réservé à Enosh (Gn 4,26), ni avoir la foi, privilège réservé à Hénoch (Gn 5,22) et la tentation du diable suggère même quelques relents polythéistes (« Vous serez comme des dieux »). Il semble qu’on puisse lui accorder des rudiments de théologie naturelle (existence d’une réalité sacrée bonne et toute puissante) mais guère plus.

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Adam nommant les animaux

Dans le domaine des sciences naturelles, nous avons comme seul indice biblique d’une possible omniscience d’Adam le passage où il nomme les animaux (Gn2,20-21). Deux interprétations ont été proposées concernant ce passage :

  • Interprétation forte : nommer les animaux consiste à décrire toutes leurs propriétés (le nom exprimant l’essence des animaux). De ce point de vue, Adam aurait eu une omniscience dans le domaine des sciences naturelles.
  • Interprétation faible : nommer les animaux consiste à décrire leur rôle, leur place et leur manière pour eux d’être au service de l’humanité. Adam nomme les animaux car il est capable de les domestiquer.

Par prudence, et contre la tradition classique, il convient de choisir la deuxième interprétation de ce passage, laquelle ne permet pas d’accorder une omniscience à Adam, et l’on dira simplement qu’Adam partageait la connaissance scientifique et technique des hominidés de son temps – ni plus ni moins. On appliquera volontiers à Adam lui-même ce que saint Thomas accordait à ses enfants :

Il est naturel à l’homme de s’instruire au moyen d’expérimentations sensibles ; les enfants qui seraient nés dans l’état d’innocence n’auraient donc pas été immédiatement parfaits sous le rapport de la science, mais ils n’auraient pas eu de peine pour s’instruire à mesure qu’ils auraient vieilli.(Ia 101.1)

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Peintures préhistoriques
Grotte de Lascaux

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