À l’origine, l’humanité était-elle immortelle ?

jeudi 26 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Selon la Bible, Adam vivait dans le jardin d’Éden, près de l’arbre de vie, arbre dont le fruit guérissait toute maladie. Il vivait aussi près d’un autre arbre, l’arbre du bien et du mal, à propos duquel il lui fut dit : « Le jour où vous mangerez de ce fruit vous mourrez de mort » (Genèse 2, 17). De là, une lecture rapide permet de conclure que, selon la Bible, Adam et Ève étaient immortels avant qu’ils ne succombent à la tentation et qu’ils ne mangent de ce fruit défendu pour connaître la mort.

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L’arbre de vie

Pour étonnant qu’il soit, ce privilège d’immortalité n’est toutefois rien d’autre que la transcription de toute vocation humaine : l’homme n’est pas fait pour mourir, mais pour vivre en contemplant Dieu. Essayons donc de creuser cette question pour voir si cette immortalité est crédible.

La position classique des Pères

Parce que l’immortalité semble à ce point étonnante, elle en parait presque contre-nature. Aussi, beaucoup lisent cette citation de Genèse 2, 17 en utilisant une distinction issue du Nouveau Testament (Apocalypse 2, 11) : la mort promise à Adam comme châtiment serait non pas la première mort (mort corporelle) mais la seconde mort (mort spirituelle de l’âme). Delà, il faudrait déduire que l’âme et le bonheur d’Adam étaient immortels, mais que son corps était mortel.

Toutefois, la tradition chrétienne classique est unanime sur ce point : Adam jouissait dans le jardin d’Éden de certains privilèges extraordinaires : non seulement l’immortalité spirituelle mais aussi l’immortalité corporelle. Voici ce que dit, par exemple saint Augustin à ce propos :

Plusieurs prétendent qu’Adam a été créé à la condition de mourir, quand même il ne l’aurait pas mérité par le péché ; c’eût été pour lui, non pas la peine d’une faute, mais une nécessité de nature. Conséquemment, quand nous lisons dans la loi de Dieu : « Le jour où vous mangerez de ce fruit vous mourrez de mort », cet arrêt terrible, on s’efforce de l’appliquer non pas à la mort corporelle, mais à la mort que le péché produit dans l’âme ; à cette mort dont le Seigneur nous a montré l’œuvre dans les infidèles, puisqu’il dit en parlant d’eux : « Laissez les morts ensevelir leurs morts (1) ».

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Saint Augustin
Botticeli, 1480, Florence

Mais que répondre, en cette hypothèse, à ce texte où nous lisons qu’après le péché même Dieu adresse à l’homme cet arrêt, cette condamnation : « Tu es terre et tu retourneras dans la terre ? » Ce n’est point, en effet, par son âme, c’est bien évidemment par son corps que l’homme était poussière, et c’est par la mort de ce même corps qu’il devait retourner en poussière. Donc aussi, bien qu’étant poussière par son corps, bien que conservant pour un temps ce corps purement animal avec lequel il avait été créé, il devait toutefois, s’il n’avait pas péché, être un jour changé en un corps spirituel, et passer ainsi, sans l’épreuve de la mort, dans cette condition nouvelle d’incorruptibilité qui est promise aux fidèles et aux saints : heureux état, dont nous ne sentons pas seulement le désir en nous-mêmes, mais dont nous avons la connaissance par cette leçon que nous fait l’Apôtre : « En effet, nous gémissons en ce point, désirant que notre habitation céleste recouvre celle-ci, en supposant toutefois que nous soyons trouvés vêtus et non point nus. Car, nous qui sommes dans cette habitation d’ici-bas, nous gémissons sous son fardeau, et pourtant nous ne voulons pas en être dépouillés, mais seulement recevoir par-dessus elle un vêtement nouveau, de sorte que le mortel soit absorbé par la vie ». - Concluons que si Adam n’avait pas péché, il ne devait point être dépouillé de son corps, mais recevoir sur cette chair un vêtement d’immortalité et d’incorruptibilité, de sorte que l’élément mortel aurait été absorbé par la vie, c’est-à-dire que la partie animale en lui serait devenue toute spirituelle.

Nous avons cité seulement saint Augustin, mais une rapide recherche permettrait de multiplier à loisirs les citations. Par exemple, saint Thomas d’Aquin : « Dans l’état d’innocence l’homme était immortel non par sa nature, mais par l’effet de la grâce, parce qu’il avait reçu de Dieu une force par laquelle il pouvait, par exemple en ne péchant pas, conserver son corps en l’affranchissant des lois de la matière. » (Du mérite, I) Ce point fait même l’objet d’une proposition de foi, sanctionnée par les conciles de Carthage, d’Orange et de Trente. La raison de ce consensus se trouve dans des écrits du Nouveau Testaments contenus dans la Bible : à plusieurs reprises, saint Paul y affirme que c’est par Adam que la mort est entrée dans le monde (Romains 5, 12 ; 1 Corinthiens 15, 21

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Adam parlant du bien et du mal à ses proches Adam nommant les animaux Adam et la science Peintures préhistoriques

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