À l’origine, l’humanité était-elle épanouie ?

samedi 21 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

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Quand bien même l’humanité ne jouissait pas de la vision béatifique, elle était dotée à l’origine de certaines perfections, sources probables d’un grand épanouissement naturel. En effet, l’argument qui amène à penser que l’humanité à l’origine ne commettait pas d’erreur amène aussi à penser que les pulsions étaient à l’origine source d’un épanouissement psychologique intense.

Les pulsions psychologiques existent dans la sensibilité, laquelle a pour objet le bien et le mal, le beau et le laid. C’est ce qui fait que parmi les pulsions, les unes se rapportent au bien et au beau, comme l’amour et la joie, la jouissance et la passion, et les autres au mal et à la laideur, comme la crainte et la douleur. Puisque, dans l’état d’innocence, l’homme n’éprouvait et ne redoutait aucun mal, et que d’ailleurs il n’était privé d’aucun des biens que sa volonté droite pouvait désirer, comme l’observe saint Augustin (De civ. Dei, lib. xiv, cap. 10), il s’ensuit, qu’aucune des pulsions qui se rapportent au mal, telles que la crainte et la douleur, n’existaient en Adam. II n’avait pas non plus les pulsions que nous concevons à propos du bien que nous n’avons pas et que nous voudrions maintenant avoir, comme l’ambition et l’envie désordonnées.

Mais il éprouvait les pulsions qui se rapportent au bien présent, comme la joie et l’amour, la jouissance et la passions, et celles qui ont pour objet le bien qu’on doit avoir en son temps, comme le désir et l’espérance calme et paisible. Toutefois ces pulsions existaient en lui d’une autre manière qu’en nous. Car la sensibilité, qui est le siège des pulsions, n’est pas en nous totalement soumise à la conscience. C’est pourquoi nos pulsions devancent quelquefois en nous le jugement de la conscience et l’entravent, tandis que d’autres fois, elles en sont la conséquence, parce que la sensibilité est toujours quelque peu dominée par la conscience. Mais dans l’état d’innocence la sensibilité était totalement soumise à la conscience ; par conséquent les pulsions ne faisaient jamais que suivre alors le jugement de la conscience. (saint Thomas d’Aquin)

Cette sensibilité parfaitement réglée et source de bonheur est suggérée à sa manière par le récit biblique : parlant en effet d’Adam et d’Eve, la Bible nous dit qu’ils étaient originellement placés dans un jardin « aux fruits délicieux » (Gn 2,9) et que, tout en étant nus, « ils n’avais honte l’un de l’autre » (Gn 2,25).

Ce n’est qu’après leur péché que « leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus » (Gn 3,10). Ce changement d’attitude intérieure est traditionnellement, et fort justement, interprété comme l’éveil de la convoitise et des pulsions déréglées, lesquelles n’existaient donc pas dans un état primitif, où la sensibilité devait être parfaitement réglée.

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