À l’origine, l’humanité contemplait-elle Dieu ?

mardi 24 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Parmi les privilèges dont jouissait Adam au jardin d’Éden, une question cruciale est celle de sa connaissance spirituelle. Si Adam était un génie moral et spirituel, était-il génial au point de contempler Dieu ? Cette contemplation, parfois appelée « vision béatifique », est présentée par la Bible comme la récompense promise aux élus dans le ciel et comme l’achèvement de notre quête de bonheur : « La Contemplation de Dieu nous est promise comme l’achèvement de toutes nos actions et la perfection éternelle de toutes nos joies. (saint Augustin) ». Autrement dit, Adam était-il un génie religieux achevé ?

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Il est toutefois peu probable, pour ne pas dire illogique, qu’Adam ait été à ce point génial qu’il soit parvenu à contempler le mystère de Dieu dans son âme parfaitement, directement et sans intermédiaire. Si tel était le cas, pourquoi aurait-il en effet péché ? Contempler Dieu face à face, c’est contempler la perfection et la beauté même : comment dès lors se détourner d’un spectacle ? Saint Thomas d’Aquin dit, à juste titre : « Il est évident que nul homme ne veut se détourner du bonheur : c’est d’un mouvement naturel que l’homme désire le bonheur et répugne à la misère » (Ia 94.1). Autrement dit, si Adam s’est détourné de Dieu en péchant, c’est parce qu’une partie de la beauté et du mystère de Dieu ne lui était pas encore manifeste.

Pour autant, il convient d’ajouter ceci : si Adam ne jouissait pas de la vision béatifique de Dieu, cela ne signifie pas qu’il ne contemplait d’aucune manière Dieu. Parlant d’Adam, l’Ecclésiaste dit plus loin dans la Bible :

Dans le cœur [des descendants d’Adam], [le Créateur] a mis un peu de sa lumière, pour leur montrer combien ce qu’il fait est grandiose. Ils peuvent donc le célébrer, lui l’unique, en racontant partout la grandeur de ses œuvres.
Si 17, 1-9 (Bible en Français Courant)

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Autrement dit, Adam contemplait Dieu mais indirectement, et non pas directement. Il contemplait Dieu en voyant dans le spectacle de la nature une puissance et une beauté sans cesse à l’œuvre et se manifestant continuellement. D’ailleurs, nous aussi, c’est de cette manière que nous contemplons Dieu sur terre (Romains 1). Mais, si Adam contemplait Dieu comme nous le contemplons, c’est-à-dire indirectement et à travers ses œuvres, sa contemplation était probablement plus claire et plus évidente que la nôtre. Pour nous, nous contemplons Dieu comme « à travers un voile », « en miroir et en énigme », dans « l’obscurité de la foi ». Mais, à l’origine, l’homme percevait encore toute chose comme baignée de la lumière divine :

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La considération plénière et lucide des effets spirituels est actuellement gênée dans l’homme du fait qu’il est tiré en tous sens par les choses matériels et comme absorbé par elles [...] [Toutefois, étant encore dans la pleine possession de ses facultés, et pleinement libre,] le premier homme ne se voyait pas empêché par les choses extérieures de contempler avec clarté et stabilité de regard les effets spirituels qu’il percevait de par l’irradiation de la vérité première.(Thomas d’Aquin, Ia 94.1)

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