5. Quelles sont les différentes formes de réalisme (sur la question des universaux) ?

mercredi 1er juillet 2015, par Denis Cerba

En bref : Au sein du réalisme sur la question des universaux, on peut opposer : 1) réalisme (de type) platonicien et réalisme (de type) aristotélicien, ainsi que : 2) le réalisme scientifique à différentes formes de réalismes non-scientifiques.

Nous avons vu (cf. Qu’est-ce que le réalisme ?) la définition générale de la position réaliste sur la question des universaux : le réalisme consiste à soutenir que les universaux existent [1], et qu’ils permettent d’expliquer l’identité de type qui s’observe entre des choses différentes.

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D. Armstrong (1926-2014),
tenant d’un réalisme modéré et scientifique

Au-delà de cette caractérisation générale, il est néanmoins important de voir qu’il existe plusieurs formes de réalisme : on peut être réaliste tout en récusant certaines formes de réalisme. C’est le cas par exemple de D. Armstrong (dont nous suivons ici la théorie) qui, tout en se ralliant au réalisme, récuse nettement ses variantes « platonicienne » et « non-scientifique ».

Cette pluralité des formes de réalisme provient d’une double distinction que l’on peut opérer au sein de la position réaliste en général :

  1. Une distinction de nature ontologique : c’est-à-dire qu’elle concerne les universaux eux-mêmes, leur mode d’existence. De ce point de vue, on peut distinguer :
    • Un réalisme (de type) platonicien (appelé aussi transcendant, ou extrême) : les universaux pourraient exister indépendamment des particuliers.
    • Un réalisme (de type) aristotélicien (appelé aussi immanent, ou modéré) : les universaux existent, mais seulement instanciés dans des particuliers (comme propriété d’un particulier, ou comme relation entre plusieurs particuliers).
  2. Une distinction de nature épistémologique : c’est-à-dire qu’elle concerne non pas les universaux eux-mêmes, mais la façon dont nous pouvons parvenir à les connaître. De ce point de vue, on peut distinguer :
    • Le réalisme scientifique (ou a posteriori) : seule la science, dans le cadre de sa recherche d’une théorie complète du monde, peut nous apprendre (de façon progressive et toujours provisoire) quels universaux existent.
    • Différentes formes de réalismes non-scientifiques (ou a priori) : on pourrait connaître quels universaux existent en amont et indépendamment de l’investigation scientifique du monde (par exemple : en supposant qu’une saisie intuitive directe de tous les universaux est possible... ; ou en supposant qu’à tous les termes généraux que nous utilisons — ’homme’, ’lapin’, ’courage’, etc. — correspond nécessairement, dans la réalité, un universel précis...).

Notes

[1Un universel est une entité qui peut exister strictement à l’identique dans des choses elles-mêmes strictement différentes. L’universel s’oppose au particulier, qui n’existe que de façon strictement singulière.

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