L’univers est-il contingent ?

mardi 25 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Parce que l’univers est composé de réalités contingentes, il est lui-même contingent. L’univers existe de telle et telle manière, mais il aurait pu être différent, et partant, il aurait pu ne pas être du tout. Il est donc contingent (son existence est une possibilité mise à l’œuvre, non une nécessité).

Une réalité contingente est une réalité qui peut ne pas exister : son existence même dépend de quelque chose d’autre qui la cause. La contingence ne concerne pas seulement l’existence mais aussi la manière d’être : le fait que la terre fasse 12 742 km de diamètre plutôt que 12 743 est la marque de sa contingence. La terre existe de telle manière, mais aurait pu exister de telle autre manière, et finalement aurait pu ne pas exister du tout (0 km de diamètre).

Why is the Universe Contingent ?
William Lane Craig
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Si la terre est quelque chose de contingent, qu’en est-il de l’univers ? L’univers, défini comme l’ensemble de toutes les réalités physiques, semble lui-même contingent. L’univers existe de telle et telle manière, mais il aurait pu être différent, et partant, il aurait pu ne pas être du tout. Il s’agit là d’un simple principe de composition : si on considère l’ensemble formé par deux réalités contingentes, cet ensemble est lui-même contingent. De même, il suffit qu’il y ait dans l’univers une seule réalité contingente pour que l’existence de l’univers soit affectée de contingence. Nous avons d’ailleurs obscurément en tête la notion de néant et de vide absolus, idées rappelant comme en creux la contingence de l’univers. Le Big Bang, s’il ne signifie pas à lui-seul l’origine absolu de l’univers, constitue lui-aussi une belle image de cette contingence.

Certes, la science physique postule que, « dans l’univers, rien ne se crée, tout se transforme ». Certes, « if we look at the universe as a whole, any given state will fail to exist, but only by transforming into a new state ». Mais (1) cette loi de conservation de l’énergie ne saurait être comprise comme une loi de conservation existentielle. Avec la disparition d’un organisme vivant, c’est bien une existence qui disparait et cette existence ne se retrouve pas dans la somme des particules qui ont composé l’organisme vivant et qui perdurent par delà la disparation de leur ancienne configuration. De même, chaque structure physique qui émerge marque l’apparition d’une nouvelle réalité et celle-ci ne se réduit pas non plus à la somme de ses éléments. L’univers est donc marqué par l’émergence et la disparition constante de réalités contingentes : parler ici de conservation existentielle globale ne signifie rien, sinon réduire chaque structure à la somme de ses éléments fondamentaux. Il s’agit en fait de la vieille vision atomiste de l’univers, laquelle semble en contradiction avec le principe de l’irréductibilité des relations et de la structure.

De plus (2) ces éléments atomiques semblent eux-mêmes contingents. En effet, même à prendre ce qui semble le plus fondamental dans l’univers, à savoir la structure cosmologique de l’univers – ses lois, son énergie, son histoire primordiale, les particules fondamentales –, l’univers semble être contingent : les lois auraient pu être différentes, les particules auraient pu toutes s’annihiler, l’énergie aurait pu prendre une autre forme. Et, par rapport aux milliards de milliards d’atome qui subissent les exigence de cette loi, la loi de conservation de l’énergie est un absolu, mais uniquement absolu partiel. Cette loi de conservation de l’énergie reste contingente : elle aurait pu être différente. Bref, l’univers dans sa structure même aurait pu être différent. Et si l’univers aurait pu être différent, il aurait pu ne pas être du tout. Il est contingent.

La contingence de l’univers sert de prémisse à l’argument cosmologique, lequel prouve l’existence d’une réalité absolue. À cause de l’importance de cette conclusion, la contingence de l’univers envisagée comme prémisse a été soumis à un examen critique intense. Parmi les objections fréquemment posées, relevons celles-ci :

  • Le principe de composition commet le sophisme de composition.
  • L’existence de l’univers est un fait brut, et non une contingence.

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