4. Peut-il exister un esprit omniprésent ?

mardi 15 avril 2014, par Denis Cerba

En bref : On peut montrer la cohérence de l’affirmation théiste qu’« il existe un esprit omniprésent » (Dieu) par une certaine expérience à valeur métaphysique : ce qu’on appelle une « expérience de pensée ».

L’une des affirmations les plus basiques et les plus caractéristiques du théisme est la suivante : Dieu est une personne, mais n’a pas de corps (n’a rien de matériel) tout en étant néanmoins omniprésent (présent à toute chose, y compris les choses matérielles) par le contrôle et la connaissance directs qu’il exerce sur elles.

Une telle affirmation est forte et fondamentale : qu’un tel être existe ou non, cela fait une différence très importante dans la réalité ! La question la plus importante est donc de savoir si cette affirmation est vraie ou non. Néanmoins, dans La Cohérence du Théisme, Swinburne ne pose pas encore cette question fondamentale : il se contente pour le moment de se demander si cette affirmation est, déjà, simplement cohérente (s’il est possible qu’elle soit vraie).

Comment montrer qu’une proposition est cohérente ? Principalement, en montrant qu’elle est impliquée par une proposition (ou un ensemble de propositions) qu’on juge elle(s)-même(s) être cohérente(s). Plus concrètement, cela signifie qu’on va concevoir (ou simplement imaginer) une certaine situation, qui nous semble tout à fait cohérente, et se rendre compte que cette situation implique en fait l’affirmation dont la cohérence nous semble problématique : par exemple, si l’on se demande s’il est cohérent d’affirmer que la lumière se comporte tantôt comme une onde et tantôt comme une particule, on peut répondre à cette question en prenant connaissance du détail des expériences montrant la lumière se comportant ainsi (elle contourne les obstacles comme une onde, tout en passant par une fente comme une particule). Si l’on juge cohérente la description du comportement expérimental de la lumière, il faudra également juger cohérente l’affirmation que la lumière se comporte tantôt comme une onde et tantôt comme une particule (parce que la première implique la seconde).

Évidemment, dans le cas de l’affirmation « Il existe un esprit omniprésent », on ne peut recourir au contenu d’une expérience du même type. Mais on peut recourir au contenu de ce qu’on appelle une « expérience de pensée » (la métaphysique contemporaine a amplement montré la pertinence de ce genre d’expériences pour l’analyse conceptuelle ou la mise en lumière de la cohérence d’une proposition). À partir de l’expérience que nous autres hommes faisons d’être une personne, d’avoir un corps, et d’avoir une certaine connaissance et un certain contrôle sur les choses qui nous entourent, nous pouvons faire une certaine expérience de pensée : nous pouvons imaginer que nous demeurons une personne, que certaines limites imposées par notre corps disparaissent (nous ne sommes plus troublés ou importunés par les atteintes ou les dysfonctionnements de tel corps physique précis, et notre point de vue sur le monde n’est plus limité par lui), et qu’au lieu de connaître et de contrôler un petit secteur du monde, nous connaissons et contrôlons toute chose... Ce faisant, nous expérimentons (seulement en imagination, ou en pensée !) ce que c’est que d’être un esprit omniprésent : si nous jugeons le contenu de cette expérience cohérent, alors l’affirmation « Il existe un esprit omniprésent » est cohérente. Swinburne soutient que le contenu de cette expérience de pensée est cohérent. Cela ne signifie pas qu’il soit vraisemblable, et encore moins vrai !, mais cela signifie qu’il est cohérent de dire, comme le font les théistes, qu’« il existe un esprit omniprésent ».

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