4. La question de la cohérence du théisme n’est-elle pas inutilement compliquée ?

mercredi 18 décembre 2013, par Denis Cerba

Nous avons déjà vu comment Swinburne repousse une première objection adressée à sa démarche : s’interroger sur la cohérence du théisme serait inutile, voire dangereux, pour un croyant. Il y a une deuxième objection de ce genre, encore plus générale : ce type de réflexion est d’une complexité telle qu’elle ne saurait concerner grand-monde... En quoi s’interroger sur la cohérence du théisme concerne-t-il « Monsieur-tout-le-monde » ?

La réponse de Swinburne est la suivante : certes la question de la cohérence du théisme, en raison de sa complexité, ne saurait occuper directement tout un chacun ; mais néanmoins, parce qu’elle est un élément constitutif de la question de Dieu (laquelle concerne in fine tout le monde), elle ne peut certainement pas être négligée par ceux que leurs capacités ou leurs conditions de vie députent plus spécialement à l’étude de ce genre de questions dans toute leur complexité (les théologiens). Donc : certes, ce n’est pas le devoir d’un chacun de se poser ce genre de questions, mais c’est certainement celui des « théologiens » !

Voici comment Swinburne lui-même formule sa réponse :

Un certain nombre de croyants penseront sans doute qu’un livre de ce genre s’engage dans des considérations d’une subtilité et d’une difficulté tout à fait excessives : en quoi pourraient-elles concerner « l’homme ordinaire » ? C’est un fait : sur les questions que nous posons, nous cherchons à produire l’argumentation la plus rigoureuse et la plus complète possibles. Bien sûr, il y a des contextes où de telles exigences ne s’imposent nullement. Mais il est d’autres contextes où elles s’imposent ! Elles s’imposent notamment dans les contextes où l’on connaît les arguments de la philosophie analytique moderne concernant Dieu. Elles s’imposent aussi quand on s’efforce de saisir le plus clairement possible le sens des vérités les plus centrales du théisme - ce qui est très certainement le cas de quiconque s’efforce de produire sur ces vérités une synthèse théologique de grande ampleur. C’est en vue de tels contextes que nous avons écrit ce livre. C’est certainement l’une des plus grandes tragédies intellectuelles de notre temps : alors même que la philosophie anglo-saxonne a développé des standards d’argumentation et de clarté particulièrement exigeants, la théologie chrétienne demeure puissamment influencée par la philosophie existentialiste, de style continentale, qui, en dépit de ses mérites considérables, se signale avant tout par la manière particulièrement relâchée et négligente dont elle argumente ses affirmations. Si la réflexion théologique fait place à l’argumentation, alors la théologie systématique requiert une argumentation particulièrement claire et exigeante. C’est ce qu’avaient fort bien compris des gens comme Thomas d’Aquin ou Duns Scott, Berkeley, Butler ou Paley. Il est plus que temps pour la théologie de revenir au niveau de pareils standards ! (The Coherence of Theism, p. 6-7)

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