3. Un croyant doit-il s’interroger sur la cohérence du théisme ?

mercredi 11 décembre 2013, par Denis Cerba

La démarche de Swinburne dans La cohérence du théisme peut susciter des réserves. Une critique commune consiste à dire qu’elle est une approche purement philosophique de la question de Dieu, et qu’une telle approche est inappropriée, notamment pour un croyant : pour un croyant, Dieu n’est pas un « problème philosophique » (et encore moins une « affirmation » dont on examine la « cohérence »), mais « quelqu’un » avec qui on entretient une « relation personnelle » et que l’on connaît avec certitude dans une telle relation (et seulement dans une telle relation). L’examen de la cohérence de l’affirmation que « Dieu existe » serait donc, au mieux, inutile, et au pire un obstacle à la véritable rencontre de Dieu.

Swinburne connaît bien cette objection et il prend la peine d’y répondre (brièvement) dans les dernières lignes de son Introduction (p. 6-7). Il ne nie pas que Dieu soit pour un croyant le terme d’une relation personnelle, mais cela n’implique en aucun cas à ses yeux l’inutilité (et encore moins la dangerosité) d’un examen philosophique de la cohérence de l’affirmation que « Dieu existe » : l’examen philosophique de la cohérence du théisme ne constitue certes ni le tout, ni l’essentiel, de la relation d’un croyant à Dieu, mais il n’en est pas moins un élément indispensable de la « question de Dieu » à laquelle tout croyant doit se confronter.

Voici les trois raisons que donne Swinburne pour justifier l’utilité indispensable d’une étude philosophique de la question de la cohérence du théisme, même pour le croyant  :

  1. Même un croyant ne peut avoir une relation réelle avec Dieu que si Dieu existe réellement ; or Dieu n’existe réellement que s’il est déjà cohérent de supposer qu’il existe : donc la question de la cohérence du théisme ne peut indifférer le croyant.
  2. Certes, un croyant pense et affirme qu’il est en relation avec Dieu. Mais il ne suffit pas de penser et d’affirmer quelque chose, pour que ce soit vrai (surtout quand d’autres sont sceptiques et qu’il s’agit d’une question particulièrement importante) : l’expérience commune montre que « l’erreur est humaine »... Donc, même pour un croyant, face à un scepticisme assez répandu et sur une question de la dernière importance, il n’est pas du tout inutile de réfléchir aux raisons qu’on peut avoir d’être sceptique : or, l’une d’entre elles est qu’il serait tout simplement incohérent de penser et d’affirmer que « Dieu existe ». Donc, même un croyant ne peut se dispenser de s’interroger sur la cohérence du théisme.
  3. Admettons (contrairement aux deux raisons précédentes) qu’il soit inutile pour un croyant de s’interroger sur la vérité, et plus encore sur la cohérence, de l’affirmation que « Dieu existe ». Il demeure qu’un des devoirs essentiels d’un croyant est de « convertir » les autres : les aider et les amener à reconnaître pour eux-mêmes que Dieu existe. Or, il se trouve que beaucoup de non-croyants doutent et du sens, et de la cohérence, de l’affirmation que « Dieu existe ». Donc, un croyant doit se préoccuper de la façon de dissiper ces doutes : or, l’un des éléments indispensables de cette entreprise consiste à s’interroger sur la cohérence du théisme.

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