2. Philosophie et foi sont-elles compatibles ? Le dilemme originel de la philosophie médiévale

vendredi 24 juin 2016, par Denis Cerba

En bref : A l’exemple d’Augustin (et contre Tertullien), le christianisme a fait le choix décisif d’affirmer une continuité entre recherche philosophique et foi chrétienne. Cela explique l’existence d’une philosophie médiévale (ainsi que le caractère massivement philosophique de la théologie médiévale).

La philosophie médiévale résulte du mariage de la philosophie grecque avec d’autres traditions de pensée qui lui sont à l’origine hétérogènes, voire hostiles : les traditions religieuses du judaïsme, du christianisme et de l’islam (cf. Qu’est-ce que la philosophie médiévale ?).

Nous présentons ici cette hétérogénéité dans le cas du christianisme latin. On peut dire que, dès ses débuts, la pensée chrétienne a fondamentalement hésité entre une attitude de rejet et une attitude d’acceptation de la philosophie. Au total, l’attitude d’acceptation l’a emporté, et donné naissance à ce que l’on appelle aujourd’hui la « philosophie médiévale ».

Voici les deux volets du débat :

  1. l’attitude anti-philosophique, appuyée sur l’Écriture et exemplifiée par Tertullien.
  2. l’attitude pro-philosophique, également appuyée sur l’Écriture et exemplifiée par Augustin.

 Le christianisme anti-philosophique

Dans le christianisme, une certaine attitude anti-philosophique remonte aussi loin que St. Paul dans son dénigrement de la « sagesse du monde » (qu’on peut identifier, au moins en partie [1], à la sagesse recherchée par les philosophes grecs). À cet égard, deux passages des lettres de St. Paul apparaissent mémorables :

  1. 1 Co 1, 18-25 : « Prêcher la mort du Christ sur la croix est une folie pour ceux qui se perdent ; mais nous qui sommes sur la voie du salut, nous y discernons la puissance de Dieu. Voici ce que l’Écriture déclare : Je détruirai la sagesse des sages, je rejetterai le savoir des gens intelligents. Alors, que peuvent encore dire les sages ? ou les gens instruits ? ou les discoureurs du temps présent ? Dieu a démontré que la sagesse de ce monde est folie ! En effet, les humains, avec toute leur sagesse, ont été incapables de reconnaître Dieu là où il manifestait sa sagesse. C’est pourquoi, Dieu a décidé de sauver ceux qui croient grâce à cette prédication apparemment folle de la croix. Les Juifs demandent comme preuves des miracles et les Grecs recherchent la sagesse. Quant à nous, nous prêchons le Christ crucifié : c’est un message scandaleux pour les Juifs et une folie pour les non-Juifs ; mais pour ceux que Dieu a appelés, aussi bien Juifs que non-Juifs, le Christ est la puissance et la sagesse de Dieu. Car la folie apparente de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes. » [2]
  2. Col 2, 8 : « Prenez garde que personne ne vous séduise par les arguments trompeurs et vides de la sagesse humaine [la philosophie, dans le texte grec] : elle se fonde sur les traditions des hommes, sur les forces spirituelles du monde, et non sur le Christ. » [3]

Ce second texte est spécialement important : pour la seule et unique fois dans l’Écriture, St. Paul utilise le terme grec de φιλοσοφία, en un sens clairement péjoratif qui semble autoriser à conclure à une opposition absolue entre philosophie et christianisme. Il semble bien que la vie « selon le Christ » soit incompatible avec l’activité philosophique.

C’est la ligne dure : foi et philosophie ne sont pas seulement différentes, elles sont incompatibles. Chez les Pères de l’Église, le premier représentant de cette ligne — et aussi le plus virulent ! — est Tertullien (160-230). Dans un texte célèbre, Tertullien prononce une condamnation sans appel de la philosophie, sous la forme du cri : « Qu’est-ce qu’Athènes a à voir avec Jérusalem ! » :

Quid ergo Athenis et Hierosolumis ? Quid academiæ et ecclesiæ ? Quid hæreticis et christianis ? Nostra institutio de porticu Salomonis est, qui et ipse tradiderat Dominum in simplicitate cordis esse quærendum. Viderint, qui Stoicum et Platonicum et dialecticum christianismum protulerunt ! Nobis curiositate opus non est post Christum, nec inquisitione post euangelium. Cum credimus, nihil desideramus ultra credere. Hoc enim prius credimus, non esse quod ultra credere debeamus. [4]

L’attaque de Tertullien présente présente deux faces : 1) Une thèse historique : les hérésies chrétiennes des premiers siècles [5] proviendraient de la contamination de la foi chrétienne par les principales doctrines philosophiques en vogue à l’époque [6]. 2) Une thèse de fond : la foi est incompatible avec toute curiosité et recherche ultérieure.

Telles qu’avancées par Tertullien, ces deux thèses sont aussi sommaires que peu convaincantes : elles sont néanmoins représentatives d’une certaine attitude de fond, qui resurgira régulièrement dans l’histoire de la pensée chrétienne, dans des circonstances diverses. Régulièrement des penseurs chrétiens se dressent pour stigmatiser la philosophie de leur temps (et partant la philosophie en général) comme responsable de ce qu’ils considèrent comme des altérations de la foi : Pierre Damien (1007-1072) et Bernard de Clairvaux (1090-1153), à une époque de renaissance de la philosophie (11e-12e s.), où l’on se met notamment à utiliser la dialectique (la logique) pour penser le dogme chrétien [7]. Au 16e s., à l’époque de la Réforme, une semblable défiance et hostilité à l’égard de la philosophie s’observe chez Luther (1483-1546).

Quoi qu’il en soit du contenu et de la pertinence des polémiques soulevées par ces différents auteurs, il faut constater que, de façon générale, ça n’est pas leur ligne qui s’est imposée dans l’histoire de la pensée chrétienne : très tôt, et majoritairement, les intellectuels chrétiens ont fait le choix d’utiliser la philosophie pour penser leur foi. Ce choix a donné naissance à ce que nous appelons aujourd’hui la « théologie » — et, accessoirement, a permis à la philosophie de subsister au cours du moyen-âge, à titre de discipline autonome et préparatoire à la théologie. En définitive, ce n’est pas Tertullien qui a été écouté, mais plutôt — nous allons le voir — Augustin.

 L’attitude pro-philosophique

Dans sa version minimale, c’est l’attitude de ceux qui pensent que la philosophie ne constitue en soi aucun danger pour la foi chrétienne ; mais dans sa version plus forte et plus significative, il s’agit de dire que la réflexion philosophique est indispensable à l’approfondissement de la foi et à son articulation sous la forme d’une théologie digne de ce nom. Que tous ne soient pas d’accord sur la philosophie à utiliser à cet effet est dès lors relativement secondaire (c’est une question qui, précisément, relève principalement de la philosophie elle-même !).

Fondement scripturaire

Cette ligne a également une base scripturaire : il s’agit du récit par Luc, dans les Actes, de la rencontre sur l’Aréopage entre l’apôtre Paul et les Athéniens, férus de philosophie (Ac 17, 16-34). C’est une rencontre tendue (d’un côté comme de l’autre [8]), mais se repère très bien chez Paul la tentative d’adopter une ligne conciliatrice entre sa prédication et la pensée grecque — ligne dont ne cesseront de se réclamer les intellectuels chrétiens pour pratiquer la philosophie.

À cet égard, il y a deux éléments particulièrement significatifs dans ce que dit St Paul :

  1. La citation de poètes grecs célèbres, évidemment bien connus des Athéniens, à l’appui d’une affirmation centrale du christianisme : « [...] Dieu n’est pas loin de chacun de nous, car : C’est par lui que nous vivons, que nous bougeons et que nous sommes. C’est bien ce que certains de vos poètes ont également affirmé : Nous sommes aussi ses enfants » [9].
  2. La référence à un « dieu inconnu » (ἄγνωστος θεός), principal appui du discours de St Paul : « Athéniens, je constate que vous êtes des hommes très religieux à tous points de vue. En effet, tandis que je parcourais votre ville et regardais vos monuments sacrés, j’ai trouvé même un autel avec cette inscription : À un dieu inconnu. Eh bien, ce que vous adorez sans le connaître, je viens vous l’annoncer. » [10]

Cette référence à un « dieu inconnu » est spécialement importante. Elle peut se comprendre de deux façons très différentes, soit négative, soit positive :

  1. On peut donner à cette référence un sens trivial et péjoratif, illustrant la mesquinerie de la religion païenne. Il y a une quantité de dieux, et l’affaire de la religion est simplement de se mettre bien avec eux : dans cette optique, le « dieu inconnu » est simplement un dieu parmi les autres, mais qu’il se trouve qu’on ne connaît pas, et à qui, par précaution, il est prudent de dédier un autel. C’est le summum de la religion précautionneuse, mesquine, terre-à-terre, rivée sur des intérêts humains.
  2. Mais on peut également lui donner un sens particulièrement élevé, que St Paul reprendrait à son compte. « Dieu inconnu » (ἄγνωστος θεός) est en fait une expression technique de la philosophie grecque de l’époque : il s’agit du « dieu inconnaissable », plutôt qu’« inconnu » [11]. Il s’agit, non d’un dieu parmi les autres, mais du dieu suprême : celui qui à la fois explique le monde au-delà des superstitions ordinaires, et dépasse les facultés humaines de connaître les plus élevées (d’où son caractère « inconnu »).

Cette seconde perspective est très différente de la première : il devient possible de voir une réelle continuité entre le dieu païen de la philosophie grecque et le Dieu unique de la révélation chrétienne. On peut penser que le dieu dont les philosophes n’arrivent à formuler que l’inconnaissabilité, à l’extrême de leurs facultés, est précisément le même que celui qui vient se révéler dans la Bible et en Jésus-Christ. Il y a alors une forme de continuité entre la spéculation philosophique et la révélation chrétienne : la foi est certes différente de la philosophie, elle va au-delà d’elle, elle révèle ce que la philosophie ne peut atteindre — mais ce qu’elle révèle accomplit la philosophie (sans l’abolir).

On repère ainsi chez St Paul une ligne radicalement différente de celle prise par Tertullien : il existe une parenté profonde entre la recherche philosophique et la foi, la foi est l’accomplissement de la recherche philosophique. C’est la ligne qui va prédominer dans le christianisme patristique et médiéval : son parrain n’est autre qu’Augustin.

L’impulsion d’Augustin

Au cri de Tertullien condamnant la philosophie, fait pendant en sens inverse le fameux passage du livre III des Confessions où Augustin raconte son expérience de lecture de l’Hortensius de Cicéron [12]. Cette lecture a marqué pour Augustin le véritable début de son retour à Dieu : l’impulsion initiale qui l’a en définitive amené, par beaucoup d’autres étapes, à sa conversion définitive au Christ. La première conversion d’Augustin a été une conversion à la philosophie [13].

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Saint Augustin
354-430

Voici le passage du livre III des Confessions, où Augustin raconte cette expérience décisive, intervenue dans sa prime jeunesse :

[... ] imbecilla tunc ætate discebam libros eloquentiæ, in qua eminere cupiebam fine damnabili et ventoso per gaudia vanitatis humanæ, et usitato iam discendi ordine perveneram in librum cuiusdam Ciceronis, cuius linguam fere omnes mirantur, pectus non ita. Sed liber ille ipsius exhortationem continet ad philosophiam et vocatur Hortensius. Ille vero liber mutavit affectum meum et ad te ipsum, Domine, mutavit preces meas, et vota ac desideria mea fecit alia. Viluit mihi repente omnis vana spes et immortalitatem sapientiæ concupiscebam æstu cordis incredibili, et surgere cœperam ut ad te redirem. Non enim ad acuendam linguam [...] referebam illum librum, neque mihi locutionem sed quod loquebatur persuaserat.
Quomodo ardebam, Deus meus, quomodo ardebam revolare a terrenis ad te, et nesciebam quid ageres mecum ! « Apud te est enim sapientia » [14]. Amor autem sapientiæ nomen græcum habet « philosophiam », quo me accendebat illæ litteræ. Sunt qui seducant per philosophiam magno et blando et honesto nomine colorantes et fucantes errores suos, et prope omnes qui ex illis et supra temporibus tales erant notantur in eo libro et demonstrantur, et manifestatur ibi salutifera illa admonitio spiritus tui per servum tuum bonum et pium : « Videte, ne quis vos decipiat philosophiam et inanem seductionem secundum traditionem hominum, secundum elementa huius mundi et non secundum Christum, quia in ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter » [15]. Et ego illo tempore, scis tu, lumen cordis mei, quoniam nondum mihi hæc apostolica nota erant, hoc tamen solo delectabar in illa exhortatione, quod non illam aut illam sectam, sed ipsam quæcumque esset sapientiam ut diligerem et quærerem et adsequerer et tenerem atque amplexarer fortiter, excitabar sermone illo et accendebar et ardebam [...]. (Saint Augustin, Les Confessions III, iv, § 7-8, in : Œuvres de Saint Augustin 13, DDB, Paris, 1962, p. 373-376, nous soulignons.) [16]

Il faut souligner la formule : ... ipsam quæcumque esset sapientiam... (« [je me suis mis à aimer] la sagesse elle-même, quelle qu’elle fût. »). La première conversion d’Augustin est conversion à la sagesse en général, prémices de sa conversion spécifique au Christ. Il y a clairement continuité entre les deux, même si également dépassement et accomplissement de la première par la seconde. Cela signifie l’affirmation d’une continuité — plutôt que d’une discontinuité, comme c’était le cas chez Tertullien — entre la recherche philosophique, la sagesse profane, et la foi, l’adhésion au Christ, la sagesse accomplie.

Cette conviction augustinienne a été majoritairement celle des Pères de l’Église, ainsi que des théologiens médiévaux, et elle explique en définitive l’existence même de quelque chose de tel que la « philosophie médiévale » — ainsi, accessoirement, que le caractère nettement philosophique de la théologie médiévale.

Notes

[1Car St. Paul a aussi les pharisiens dans son viseur !

[2La Bible en français courant, Société biblique française, 1997.

[3Ibid.

[4« Qu’est-ce qu’Athènes a à voir avec Jérusalem ? L’Académie avec l’Église ? Les hérétiques avec les chrétiens ? Notre doctrine vient du portique de Salomon, qui lui aussi avait enseigné qu’il faut chercher le Seigneur en toute simplicité de cœur. Tant pis donc pour tous ceux qui ont mis au jour un christianisme stoïcien, ou platonicien, ou dialecticien ! Nous, nous n’avons pas besoin de curiosité après le Christ Jésus, ni de recherche après l’Évangile. Dès que nous croyons, nous ne désirons rien croire au-delà. Car ce que nous croyons en premier lieu, c’est que nous ne devons rien croire au-delà. » (Tertullien, Traité de la prescription contre les hérétiques VII, Sources Chrétiennes n°46, p. 96-99 (ponctuation modifiée). Traduction française : D. Cerba.)

[5Le gnosticisme et le marcionisme avant tout : les principales hérésies auxquelles Tertullien ait eu affaire.

[6Le De Prescriptione est une réfutation des hérésies chrétiennes fondée sur l’idée que seule l’Église catholique dispose de l’autorité nécessaire à une interprétation correcte des Écritures. Après avoir affirmé la nécessité et le rôle providentiel des hérésies (dont le Christ et les apôtres avaient prévu le développement, et que Paul a par avance condamnées), Tertullien en vient, dans le chapitre VII, à stigmatiser le rôle fondamental que, selon lui, a joué la philosophie dans la naissance des différentes hérésies. Le § cité plus haut conclut une attaque contre Platon, les Stoïciens, Épicure et Aristote, comme responsables des diverses déviations de la foi chrétienne constatées par Tertullien.

[7Le plus célèbre représentant de cette entreprise est Pierre Abélard (1079-1142), la bête noire de Bernard de Clairvaux.

[8Cf. le contexte de la rencontre : « [...] Paul [...] était profondément indigné de voir à quel point cette ville était pleine d’idoles. Il discutait [...] sur la place publique, chaque jour, avec les gens qu’il pouvait y rencontrer. Quelques philosophes épicuriens et stoïciens se mirent aussi à parler avec lui. Les uns demandaient : Que veut dire ce bavard ? — Il semble annoncer des dieux étrangers, déclaraient d’autres en entendant Paul prêcher Jésus et la résurrection. Ils le prirent alors avec eux, le menèrent devant le conseil de l’Aréopage et lui dirent : Pourrions-nous savoir quel est ce nouvel enseignement dont tu parles ? » (Ac 17, 16-19, La Bible en français courant.)

[9Ac 17, 27-28 (La Bible en français courant). La seconde citation est du poète Aratos (3e s. av. J-C.) ; la première est plus difficilement identifiable, mais il est clair qu’elle renvoie à la culture grecque antique. Pour plus de précisions, cf. Marc Delage, « Résonances grecques dans le discours de saint Paul à Athènes », In : Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1956, p. 46-69 (http://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1956_num_1_3_3752).

[10Ac 17, 22-23, La Bible en français courant.

[11L’adjectif « ἄγνωστος » a les deux sens en grec ancien.

[12L’Hortensius de Cicéron (106-43 av. J.-C.) est ce que l’on appelait dans l’Antiquité un « protreptique » : une exhortation à pratiquer la philosophie. Ce texte a aujourd’hui disparu, mais c’était un classique à l’époque d’Augustin (5e s. apr. J.-C.).

[13La conversion finale d’Augustin, la plus célèbre, est celle qu’il raconte au livre VIII des Confessions (c’est le fameux épisode du « Tolle, lege ! »). Nous parlons ici du début du processus, initié par la lecture de l’Hortensius.

[14Jb, 12, 13. 16.

[15Col 2, 8 sq.

[16"[...] Alors que j’étais encore très jeune, j’étudiais l’éloquence : je désirais y briller pour des motifs frivoles et condamnables, poussé par la vanité humaine. Suivant le programme, je dus lire le livre d’un certain Cicéron, dont on admire communément le style, mais pas tellement la pensée ! Or ce livre, intitulé l’Hortensius, contenait une exhortation à la philosophie. Cette lecture me bouleversa : elle tourna mes prières vers toi, Seigneur, et rendit tout autres mes souhaits et mes désirs. Soudain, toutes mes vaines espérances s’évanouirent et je me mis à convoiter d’une ardeur extraordinaire la sagesse immortelle : je commençai à me lever et à revenir à toi. En effet, ce livre ne me servait pas à m’exercer à l’éloquence : ce n’est pas d’une certaine façon de s’exprimer qu’il m’avait persuadé, mais bien d’une certaine pensée.
Comme je brûlais, mon Dieu, comme je brûlais de m’envoler vers toi, et je ne savais pas ce que tu me voulais ! Auprès de toi réside la sagesse. Or l’amour de la sagesse porte en grec le nom de philosophie, et c’est de lui dont ce livre m’enflammait. Il en est qui cherchent à séduire au moyen de la philosophie : ce grand nom, ce nom flatteur et honorable leur sert à colorer et maquiller leurs erreurs ; mais tous ceux qui ont agi ainsi sont dénoncés et démasqués dans ce livre : on voit par là comme est salutaire l’avertissement que donne ton Esprit par l’intermédiaire de ton pieux et bon serviteur : Prenez garde qu’on ne vous prenne au piège de la philosophie et de ses vaines séductions, suivant la tradition des hommes et l’enseignement de ce monde, et non selon le Christ ; car c’est en lui qu’habite corporellement toute la plénitude de la divinité. Et moi, à cette époque, tu le sais, toi, lumière de mon cœur, j’ignorais encore ces paroles de l’Apôtre. Néanmoins, une seule chose me charmait dans cette exhortation à la philosophie : ce n’était pas telle ou telle école, mais la sagesse elle-même, quelle qu’elle fût, que j’étais poussé à aimer, à rechercher, à poursuivre, à atteindre et à embrasser, par ces paroles qui m’enflammaient et m’embrasaient [...]." (Traduction française : D. Cerba.)

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