11. Quel sens ont les mots de la théologie ?

dimanche 2 février 2014, par Denis Cerba

Les chapitres 4 et 5 de La Cohérence du Théisme sont consacrés à une question spécialement importante en théologie : quel sens ont les mots qu’on utilise en théologie ? Nous avons vu (art. 416) que pour qu’une proposition soit cohérente, il faut déjà que la phrase qui l’exprime ait un sens, et ce ne sera le cas que si les mots qui composent cette phrase ont eux-mêmes déjà un sens.

Mais la question du sens des mots est spécialement cruciale en théologie, parce que la théologie prétend parler de Dieu. Or, Dieu n’est pas du tout une « chose ordinaire » ! Peut-on alors utiliser des « mots ordinaires » pour en parler ? Les mots importants de la théologie - tels « esprit », « personne », « bon », « sage », etc. - ne doivent-ils pas avoir un sens différent, voire très différent, de celui qu’ils ont quand on les emploie pour parler des réalités ordinaires de notre monde ? Ne doivent-ils pas avoir un sens « analogique » (comme beaucoup de théologiens le prétendent) ?

À cette question, la réponse de Swinburne est sans grande ambiguïté : les mots de la théologie doivent être le plus ordinaires possible ! Il peut s’avérer parfois nécessaire de modifier ou d’étendre le sens de certains mots, mais pour que son discours demeure sensé et utile, le théologien doit d’une part s’efforcer de limiter cette pratique au strict minimum, et d’autre part recourir à des procédures d’extension de sens qui soient compréhensibles.

Pour mener sa tâche à bien, le théiste doit étendre le sens de certains mots. Mais clairement, plus on utilise de mots en un sens analogique, et plus le sens analogique de ces mots est éloigné de leur signification ordinaire [...], plus limitée est l’information qu’on transmet en utilisant ces mots. Parce que les mots utilisés en un sens analogique ont un domaine d’application très vaste et des contours très flous. [...] Si la théologie utilise trop de mots en un sens analogique, alors ce qu’elle dit n’aura quasiment plus aucun contenu. Pour un théiste, dire qu’il utilise un mot en un sens analogique ne peut constituer qu’un tout dernier recours pour sauver l’ensemble de sa thèse d’une accusation d’incohérence qui autrement serait valable. Il doit tenir que la plupart des mots qu’il utilise ont leur sens ordinaire. Pour des raisons similaires, plus un théiste élargit les règles sémantiques ou syntaxiques qui gouvernent l’usage d’un mot pour lui donner un sens analogique, moins il va dire de choses en utilisant ce mot, et moins sera clair ce qu’il veut dire. Quand il donne aux mots un sens analogique, le théiste doit se garder d’élargir ce sens à l’excès. Il est légitime de jouer la carte du « sens analogique » [...], mais il faut la jouer le moins souvent possible - car plus on y a recours, moins ce que l’on dit n’a de contenu ! (The Coherence of Theism, p. 72)

Pour mieux comprendre cette thèse, examinons tour à tour les questions suivantes :

  1. Peut-on parler de Dieu avec des mots ordinaires ?
  2. Les mots de la théologie doivent-ils tirer leur sens d’une expérience religieuse personnelle ?
  3. Comment introduire en théologie des mots qui ont un sens analogique ?

Répondre à cet article