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Noé

mardi 22 avril 2014

Noé Bande Annonce VF
Réalisé par Darren Aronofsky
Filmsactu, 2U_sPWO-ZhY

Critique de film : Noé

Une fois n’est pas coutume, nous offrons un point de vue sur Noé, un film actuellement au cinéma et dont nous entendons dire beaucoup de mal. Mais voilà : les films bibliques sont trop rares pour faire la fine bouche.

Qu’il nous soit permis de le dire : si vous avez plus de 16 ans, allez le voir ! Ce film se présente comme un midrash moderne de Noé et offre un peu de fraîcheur par rapport à ce que le cinéma a pu offrir cette année.

Ce qui pourrait vous choquer, et qui ne devrait pas :

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* Le pessimisme de Noé, transformé en terroriste écologique. Le choc vient de ce que nous avons oublié ce que pense vraiment Dieu des hommes à travers la Bible...
* Les veilleurs, sortes de « transformers » ratés. Il s’agit d’anges déchus. Leur présence choque, mais la Bible mentionne de fait des êtres curieux, les Néphilims. Nous avions interprété ces êtres de manière différente, mais il est vrai qu’une tradition les identifie aux anges déchus. Nous sommes plus ici dans la kabbale juive que dans la saine théologie catholique, mais après tout, personne ne s’offusque de la Force dans Star Wars, ni des djinns japonais dans 47 Ronins, etc. Le récit de leur chute est d’ailleurs très réussi.
* Le mariage entre Bible, Blockbuster américain et film d’anticipation par retour aux mythes des origines. Paradoxalement, ce mariage fonctionne : le décalage entre ces différents genres oblige le spectateur à se dire qu’il s’agit là davantage de poésie que d’un manifeste historique. Et, de fait, le livre de la genèse est une réflexion poétique sur l’histoire humaine. Sur l’existence historique de Noé, voir cet article.
* Le statut des patriarches, dont l’âge et l’existence semblent un défi à la succession des générations. Mais, en cela, le film révèle une subtile compréhension du texte.

On aime :

* Le récit de la création qui fait place à l’évolutionnisme (sauf à la fin les hommes sont croqués façon secte de Moon).
* La beauté des images de la nature, les animaux dans l’arche.
* La présence de Tubal Caïn dans l’arche : il s’agit d’un contre-sens (l’arche est le lieu de la pureté), mais ce contre-sens est suffisamment assumé et exploité pour devenir intéressant. Notamment, la proximité entre Sem et Tubal-Caïn mérite un applaudissement.
* La dépression de Noé et l’interprétation du vin : probablement peu fidèle au texte, mais profonde.
* Le jeu des acteurs. Évidemment Russell Crowe, mais aussi sa femme qui joue très bien.

On n’aime pas :

* L’esthétique futuriste, inspirée de bandes dessinées d’anticipation (Riddick) est une bonne idée, mais trop peu exploitée pour être vraiment intéressante. Pourquoi ne pas offrir au spectateur une véritable immersion esthétique ? Dommage, l’idée était bonne et l’on était prêt à accepter ce saugrenu zoar.
* L’absence de deux belles-filles. Faire s’interroger Noé sur l’avenir de l’humanité est une riche idée, mais il y avait certainement une manière de le faire tout en restant plus fidèle au texte biblique.
* La profession de foi sentimentale en l’humanité à la fin : mièvre et passant à côté de l’alliance noachique, trop rapidement suggérée.
* Noé qui vit dans un tas de boue : ce genre de traitement est d’habitude réservé aux scènes de cinéma retraçant l’histoire médiévale (on se souvient du Nom de la Rose, un summum du genre), mais on le lui aurait bien volontiers laissé.

Au total, ce n’est probablement pas un grand film et il y a des longueurs. Mais il a le mérite d’une grande originalité et d’une beauté visuelle. Ce film prouve que les effets spéciaux ne sont pas toujours une manière de faire du racolage mais parfois aussi une manière de réconcilier imagination, poésie et Bible. Et prouver que la Bible peut, sinon faire rêver, du moins dépayser, c’est déjà mieux que ce nous arrivons à faire d’habitude dans nos sermons...

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